[36] Histoire de saint Martin et de son culte; in-8o 1852.


MERCŒUR (ÉLISA)


I

En tête du premier volume de l’édition des Œuvres complètes d’Élisa Mercœur (3 vol. in-8o, 1843) se trouvent des Mémoires sur l’infortunée écrits par sa mère. Telle est la puissance d’un sentiment vrai et profond, étranger à toute préoccupation littéraire, que ces Mémoires offrent une lecture des plus attachantes et ne sont pas la partie la moins intéressante de l’ouvrage. On peut leur reprocher pourtant quelques longueurs et des redites, particulièrement en ce qui concerne la première enfance d’Élisa; mais dans ces effusions mêmes un peu prolixes de la tendresse maternelle, l’accent ému se rencontre souvent, presque toujours, et rend indulgent pour ces touchants bavardages qui sont la dernière et unique consolation d’une douleur que les mères seules peuvent comprendre, mais dont on peut juger par ce langage: «Elisa Mercœur est née à Nantes, le 24 juin 1809. Elle n’avait que vingt et un mois lorsque je restai seule pour l’élever. Alors toutes mes affections se portèrent sur ma fille, elle devint mon horizon tout entier; je ne vis plus qu’Élisa, rien qu’Élisa, toujours Élisa; je ne pouvais en détacher ni mes regards ni ma pensée. Depuis lors mes yeux n’eurent plus de sommeil, j’aurais trop craint qu’en les fermant la mort ne profitât de cet instant pour m’enlever mon trésor.»

Mais cette affection passionnée cependant n’était point aveugle et déraisonnable, comme celle de tant de mères aujourd’hui; la raison, en dépit des entraînements du cœur, conservait tous ses droits; Mme Mercœur savait élever sa fille et faire violence à sa tendresse même, si l’intérêt de l’enfant lui faisait un devoir de la fermeté. En voici la preuve:

Élisa avait trois ou quatre ans à peine, lorsqu’un jour, en dépit de son caractère droit et honnête, elle ne put résister à la tentation de garder une image de la sainte Vierge qu’une petite compagne lui avait prêtée, ce qu’elle niait avec opiniâtreté. D’aventure, la mère d’Élisa retrouva l’image entre la robe et la chemise.

«Tu as péché, dit-elle à l’enfant, tu as volé l’image, tu vas être fouettée! quoique je me fusse bien promis de ne jamais te battre; mais je sens qu’il y a nécessité aujourd’hui, car tu n’as pas seulement volé; mais tu as ajouté le mensonge au vol, défaut qui conduit à tous les vices.

—Seriez-vous assez dure, dit la mère de Joséphine (la petite camarade), pour fouetter Élisa à propos de ce petit morceau de papier dont je ne donnerais pas un liard?