«—Je crois que tout ira bien, lui dit amicalement Dupuytren. Avez-vous beaucoup souffert?

«—J'ai tâché de penser à autre chose, répondit le prêtre.»

«...Chaque matin, lorsque Dupuytren arrivait, par une étrange infraction à ses habitudes, il passait les premiers lits et commençait la visite par son malade favori. Plus tard, lorsque celui-ci put se lever et faire quelques pas, Dupuytren, la clinique achevée, allait à lui, prenait son bras sous le sien, et harmonisant son pas avec celui du convalescent, faisait avec lui un tour de salle. Pour qui connaissait l'insouciante dureté avec laquelle Dupuytren traitait habituellement ses malades, ce changement était inexplicable.»

Plus inexplicable ou plus admirable, alors que, quelques pages plus haut, l'auteur nous dit: «Poussant jusqu'aux dernières limites ses doctrines de positivisme, Dupuytren s'acharna avec la plus excessive ténacité contre ce qu'il appelait les utopies spéculatives (religieuses), chaque fois qu'il trouva à les combattre sous quelque forme que ce fût. Par degrés son antipathie devint de l'exécration.»

Après avoir raconté les visites du bon curé apportant, chaque année, le 6 mai, jour anniversaire de l'opération, à Dupuytren son petit cadeau: «son inévitable panier et ses inévitables poires et poulets,» M. Nadar termine par le récit de la mort du grand chirurgien, récit des plus émouvants dans sa brièveté:

»L'amélioration n'était qu'apparente et Dupuytren le sentait bien. Il se voyait mourir et avait compté ses instants. Son caractère devint plus inexpansif et plus sombre à mesure qu'il approchait du terme fatal... Tout à coup il appelle M..., son fils adoptif, qui veillait dans un cabinet voisin.

»—M..., lui dit-il, écrivez au curé de ***, près Nemours, vous savez l'adresse:

«Mon cher abbé,

»Le docteur a besoin de vous à son tour. Venez vite: peut-être arriverez-vous trop tard:

»Votre ami,