En outre des constructions, dont nous avons parlé, Flamel, ayant acquis du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, dans le faubourg, un grand terrain, «fit construire en ce lieu, dit M. de Viriville, divers édifices d'un caractère mixte; c'étaient à la fois des institutions utiles, des maisons de rapport et des établissements de charité.» Le produit des locations du rez-de-chaussée, notamment, servait à l'entretien de pauvres laboureurs auxquels l'âge ne permettait plus le travail et qui se trouvaient logés à l'étage supérieur. En récompense de cette charité, on ne leur demandait que de réciter tous les jours un Pater et un Ave Maria à l'intention des pécheurs trépassés. Aussi, sur la façade de la principale maison, dite du Grand Pignon, qui subsiste encore rue Montmorency, 51, on lisait en gros caractère cette inscription véritablement touchante:

«Nous, hommes et femmes, laboureurs demeurans ou porche (sur le devant) de ceste maison, qui fut faicte en l'an de grâce mil quatre cens et sept (1407), sommes tenus, chascun en droit soy, dire tous les jours une patenostre et j. Ave Maria en priant Dieu que de sa grâce face pardon aus povres pecheurs trespassez. Amen

[87] Histoire de Paris.


LA FONTAINE (JEAN DE)

I

Papillon du Parnasse et semblable aux abeilles,
À qui le bon Platon compare nos merveilles,
Je suis chose légère et vole à tout sujet:
Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet;
À beaucoup de plaisirs je mêle un peu de gloire.[88]

A dit La Fontaine de lui-même. Et ailleurs:

J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout; il n'est rien
Qui ne soit souverain bien,
Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique[89].

Tel fut en effet notre poète quoique d'abord des pensées très différentes aient paru le préoccuper. Né à Château-Thierry (Marne), le 8 juillet 1621, à l'âge de dix-neuf ans, il se crut appelé à la vie religieuse, et voulut entrer à l'Oratoire. Mais, après un séjour de dix-huit mois dans la maison, il reconnut qu'il se trompait sur sa vocation et rentra dans le monde. Son père, qui exerçait à Château-Thierry la charge de maître particulier des eaux et forêts, lui céda son emploi en le mariant avec Marie Héricart, fille d'un lieutenant au baillage de la Ferté-Milon, personne qui joignait à la beauté beaucoup d'esprit[90]. D'après ce qu'affirment les biographes, La Fontaine, n'eut pour ainsi dire point de part à ces deux engagements: on les exigea de lui, et il s'y soumit plutôt par indolence que par goût. Aussi n'exerça-t-il sa charge pendant plus de vingt ans qu'avec indifférence.