Le serviteur fit ce qui lui était ordonné. L'Empereur aussitôt, prenant de ses mains et montrant le vêtement redevenu parfaitement propre et où l'on ne remarquait ni tache, ni déchirure, s'écria:

«Ô les plus fous des hommes! Quel est maintenant le plus précieux et le plus utile de nos habits? Est-ce le mien que je n'ai acheté qu'un sou ou les vôtres si peu solides et qui vous ont coûté tant de livres pesant d'argent?»

Les courtisans, interdits et silencieux, baissaient la tête et la rougeur de leurs visages attestait leur confusion

[44] France héroïque, t. Ier.


CHATEAUBRIAND

I

«On n'est plus assez juste pour Chateaubriand tant vanté naguère!» écrivait un jour avec toute raison notre excellent confrère et ami Léon Gautier. Le temps est loin, hélas! où un poète républicain adressait à l'auteur du Génie du Christianisme cette épître qui n'est pas assurément l'une des pièces les moins remarquables de la Némesis:

.... Aussi quand tu parus dans ton vol triomphant,
Fils du Nord, le Midi t'adopta pour enfant.
Oh! Dieu t'avait créé pour les sublimes sphères,
Où meurt le bruit lointain des mondaines affaires;
Il te mit dans les airs où ton vol s'abîma
Comme le grand condor que vénère Lima:
Oiseau géant, il fuit notre terre profane,
Dans l'océan de l'air il se maintient en panne;
Là, du lourd quadrupède il contemple l'abri,
L'aigle qui passe en bas lui semble un colibri,
Et noyé dans l'azur comme une tache ronde,
On dirait qu'immobile il voit tourner le monde.
C'était là ton domaine alors, que revenant
Des huttes du Sachem sur le vieux continent,
Tu t'élevas si haut d'un seul bond que l'Empire
Un instant s'arrêta pour écouter ta lyre.
Le monde des beaux-arts à peine renaissant
Se débattait encore dans son limon de sang;
Ce chaos attendait ta parole future;
Tu dis le fiat lux de la littérature.