Taitbout (rue): M. Taitbout, était greffier de la ville à l'époque où la rue fut ouverte (1775).
Talma (rue): Talma, le dernier grand tragédien et qui n'a point été remplacé (1766-1826).
Taranne (rue): Appelée indifféremment au XIVe siècle rue aux Vaches, rue de la Courtille, rue Forestier, elle prit en 1418 le nom de rue Tarrennes en l'honneur de Simon de Tarrennes, échevin en 1417. Taranne n'est qu'une altération.
Temple (rue du): Elle doit son nom au manoir des Templiers qui déjà s'y voyait à la fin du XIIe siècle. Dans ses vastes dépendances, le manoir enfermait tout l'espace compris entre le faubourg du Temple et la rue de la Verrerie, en englobant partie du marais qu'on appelait la Culture du Temple. Entouré de hautes et solides murailles et de fossés profonds, le Temple était une véritable forteresse où l'Ordre renfermait ses trésors et qu'une milice nombreuse et aguerrie semblait pouvoir défendre avec succès même contre l'autorité royale. De là sans doute, la cupidité aidant, les ombrages de Philippe le Bel.
Maintenant quelques mots sur l'ordre des Templiers. Guigues ou Hugues des Païens, Geoffroi de St-Omer et sept autres chevaliers français le fondèrent, en 1118, dans le but de secourir, de soigner et de protéger les pèlerins sur les routes de la Palestine, devoir auquel s'ajouta plus tard celui de défendre la religion chrétienne et le saint Sépulcre contre les Sarrazins. Baudouin II, roi de Jérusalem, donna aux chevaliers, pour leur servir d'habitation, un palais attenant à l'emplacement de l'ancien Temple, et c'est de là que vint leur nom. Forcés, en 1291, d'abandonner la Terre-Sainte avec ses derniers défenseurs, ils revinrent en Europe et établirent dans l'île de Chypre le siége de l'Ordre placé jusqu'alors à Jérusalem. La même année, 1291, fut élu le dernier grand maître Jacques-Bernard de Molai, qui, avec Guy, grand prieur de Normandie, âgé de plus de 80 ans, fut brûlé vif (18 mars 1314) par l'ordre de Philippe le Bel qu'on ne saurait guère, dans toute cette grave affaire du procès des Templiers, excuser de passion et de cruauté. D'ailleurs, «ces moines étaient-ils innocents ou coupables? Cette question, sur laquelle aucun historien raisonnable n'a jamais osé rien affirmer, est sans contredit la plus difficile, la plus obscure de toute l'histoire moderne, et les ténèbres qui la couvrent ne seront probablement jamais éclaircies. Cependant Sainte-Foix, avec son audace et sa légèreté ordinaires, ne manque point, à l'occasion du supplice de ces deux personnages, de renouveler en leur faveur ces déclamations si multipliées dans le siècle dernier; déclamations dont le but était moins de prouver l'innocence des Templiers que d'insulter, avec quelque apparence de raison, l'autorité politique et religieuse.
«.... Ceux qui défendent les Templiers ont souvent allégué en leur faveur l'invraisemblance des crimes qu'on leur reproche: «Est-il probable, s'écrient-ils, que tant d'illustres guerriers, tant d'hommes d'une si haute qualité fussent coupables de crimes aussi atroces, d'aussi honteuses turpitudes?» «Est-il vraisemblable, pourrait-on leur répondre avec un auteur contemporain (Baluze), que ces personnages si nobles eussent jamais avoué de telles infamies si l'accusation n'eût été vraie?»
«Si les apologistes répliquaient que la torture leur arracha beaucoup d'aveux, il serait facile de donner la preuve que la plupart d'entre eux firent des aveux sans qu'on les eût torturés, de manière que les deux opinions, offrant un égal degré de vraisemblance, la question n'en deviendrait que plus embrouillée et plus indécise pour les esprits sages et non prévenus.» (St-Victor.)
L'ancien couvent du Temple servit, comme on sait, de prison au roi Louis XVI et à sa famille. C'est de là que l'infortuné monarque partit pour se rendre à la place de la Révolution. Nous avons raconté ailleurs (France héroïque) la mort admirable du Roi-martyr.
Théâtre (rue du): À Grenelle, Montmartre, etc. Quelques mots à ce sujet sur les origines de théâtre en France ou mieux à Paris. Par lettres patentes du 4 décembre 1402, Charles VI autorisa les Confrères de la Passion à ouvrir, dans l'hôpital de la Trinité, un théâtre où l'on jouait des mystères et des farces appelées sotties. De ce mélange du sacré et du profane résultèrent des abus qui firent fermer le théâtre. Mais les confrères obtinrent, en 1548, de le rouvrir et s'installèrent, rue Françoise, dans l'hôtel dit de Bourgogne, parce qu'il avait appartenu à Jean-sans-Peur. Plus tard, ils cédèrent leur privilége à une troupe nommée des Enfants sans souci qui devinrent les comédiens de l'hôtel de Bourgogne.
En 1659, deux nouvelles troupes leur firent concurrence, celle de Molière qui était venue se fixer à Paris, et celle du Marais, installée rue de la Poterie, à l'hôtel d'Argent. Mais par l'ordre de Louis XIV, quelques années après, les trois troupes durent se réunir et ne formèrent qu'une société qui devint le Théâtre Français. L'Opéra, lui, fut constitué en 1672, par lettres patentes accordées au musicien Lully. On connaît les vers de Boileau, un peu sévères peut-être, à l'adresse du musicien: