II
Voilà donc ce que nous écrivions au lendemain du siége de Paris dont, sans faire précisément l'histoire, nous racontions quelques épisodes glorieux en les faisant suivre de considérations ou restrictions. Celles-ci étaient relatives au caractère trop humain des vertus mêmes que nous avions eu plaisir à louer; après M. Vitet, nous regrettions que l'immense majorité, dans cette grande et noble ville, au milieu de circonstances si graves, continuât de témoigner de sa profonde insouciance au point de vue religieux, et, dans ce péril suprême, au lieu d'invoquer l'intervention de Celui qui peut tout, parût s'étonner, s'indigner qu'on essayât de la rappeler à son devoir en l'invitant à lever ses mains vers le ciel. Nous déplorions la tolérance coupable du gouvernement comme de la population en face de scandales d'impiété qui auraient dû soulever l'indignation générale; nous étions comme forcé d'attribuer le malheur de la défaite à cette demi-complicité comme à l'orgueil insensé qui avait fait qu'en s'exaltant dans la confiance exagérée de sa force, on n'avait jamais paru compter (au moins le grand nombre) que sur soi-même et sur son courage aidé de bonnes armes, chassepots et canons. Dans cette capitulation nouvelle et dernière, hélas! qui avait été pour nous comme pour tout bon Français une humiliation profonde et une si poignante douleur, il nous était difficile de ne pas voir un châtiment, châtiment pour la France comme pour Paris.
Mais combien nous étions loin de prévoir que, pour celle-ci, pour la cité reine, ce n'était qu'un avant-goût, et comme un léger essai, une sorte d'avertissement des justices d'en haut, avertissement qui, dédaigné bien loin d'être compris, (témoin les élections attestant, bientôt après, une aberration si prodigieuse et de si furieux instincts de désordre,) allait attirer sur nous, par l'insurrection du 18 mars, un tel déluge de calamités! On sait le reste et la folie furieuse de cette tyrannie jacobine, socialiste, athée qui, pendant deux mois, a tenu la France en échec et Paris dans un si rude esclavage en pillant les caisses publiques, emprisonnant les prêtres et les notables, profanant et dévastant les églises, forçant, sous peine de mort, les citoyens à combattre pour une cause à leurs yeux exécrable et maudite. Puis, quand enfin cette abominable cause semble définitivement perdue, ces scélérats, les pires de tous, se vengent par des crimes sans nom, par l'assassinat de sang-froid d'un archevêque, de prêtres vénérables, de courageux magistrats, de pauvres soldats désarmés! Ils se vengent, les infâmes, avec le concours des galériens et autres, par l'incendie allumé sur tous les points de la capitale et par des moyens, comme avec un ensemble qui annonce une satanique préméditation. Les paroles manquent pour qualifier de tels forfaits qui rendront infâmes à jamais ces noms de Commune, Communeux, Internationale, et, il faut bien le dire, font maudire par la France, par l'Europe entière, ceux qui servent d'instruments toujours dociles aux sectaires et révolutionnaires, j'entends les Parisiens! Mais nous Parisien, et vraiment natif de la grande cité, chose assez rare parmi ceux qui l'habitent, nous croyons qu'à cela, il y a manque de réflexion comme de justice et nous sommes heureux de voir que nous ne sommes pas seul de notre avis et que d'autres aussi protestent. Nous ne pouvons qu'applaudir du cœur et des mains au langage de M. Victor Cochinat, quand il dit dans la Petite Presse (juin 1871):
«Parmi les soixante mille insurgés qui ont été tués ou faits prisonniers il n'y a pas six mille Parisiens réels. La plus grande partie de ces routiers sont venus de l'étranger ou sont nés, hélas! dans nos départements.
«Ce fait nous a été affirmé à Versailles, par un militaire de grande compétence, sous les yeux duquel passent presque tous les fédérés qu'on dirige vers nos ports.
«Oui, tous ces révoltés de l'ordre social sont en majorité de nationalité étrangère, et—chose ennuyeuse à dire—c'est parmi les irréguliers nés dans les départements que le Comité central a recruté la partie la plus énergique de sa triste armée.
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«Ce renseignement nous a soulagé, car enfin il était pénible de penser que la ville aux mœurs si douces, cette patrie de l'élégance et de la politesse fût le nid de tant de voleurs et de pétroleurs!
«Aussi, comme à l'avenir le gouvernement devra veiller sur tous ces aventuriers, ces bohêmes et ces vagabonds qui viennent à Paris de tous les coins de l'horizon!
«Ce sont eux qui forment les légions des guerres civiles, et qui se montrent les exécuteurs les plus dociles et en même temps les plus farouches des ordres de leurs exécrables chefs!