Quel séduisant portrait cependant l'historien, qui peint d'après nature, nous fait de la princesse! «Grande et bien faite, elle a une mine douce qui ne manque jamais d'inspirer l'amour et le respect... Ses yeux sont parfaitement beaux, le doux et le grave s'y mêlent agréablement.... Sa bouche est petite et vermeille, et la nature lui a été libérale de toutes les grâces dont elle avait besoin. Par un de ses sourires elle peut acquérir mille cœurs. Ses cheveux sont beaux et leur couleur châtain-clair; elle en a beaucoup. Ses mains qui ont reçu des louanges de toute l'Europe, qui sont faites pour le plaisir des yeux, pour porter un sceptre et pour être admirées, joignent l'adresse avec une extrême blancheur... Elle n'est pas esclave de la mode, mais elle s'habille bien.

«La nature lui a donné de belles inclinations; ses sentiments sont tous nobles: elle a l'âme pleine de douceur et de fermeté. Dans sa plus grande jeunesse, elle a donné des marques de dévotion et de charité... Les vertus avec les années se sont fortifiées en elle, et nous la voyons sans relâche prier et donner... La vertu de la reine est solide et sans façon; elle est modeste sans être choquée de l'innocente gaîté et son exemplaire pureté pourrait servir d'exemple à toutes les femmes. Elle croit facilement le bien et n'écoute pas volontiers le mal... Elle est douce, affable, familière avec tous ceux qui l'approchent et ont l'honneur de la servir. Elle a beaucoup d'esprit et ce qu'elle en a est tout à fait naturel... Il semble que la reine était née pour rendre par son amitié le feu roi le plus heureux mari du monde; et certainement il l'aurait été s'il avait voulu l'être

Tant il est vrai, comme dit le Saint Livre qu'on est toujours puni par où l'on pèche.

Antin (chaussée d'): Cette rue est relativement récente; car, au commencement du 17e siècle, ce n'était qu'un chemin tortueux qui, de la porte Gaillon, se dirigeait vers les Porcherons (barrière des Martyrs). On l'appelait indifféremment chemin de l'Égoût Gaillon, des Porcherons, de la Chaussée d'Antin. Le pré des Porcherons était pour les roués de la Régence ce que le Pré aux Clercs avait été naguère pour ceux du moyen-âge. Par un arrêt du Conseil du 31 juillet 1720, le chemin fut rectifié et élargi; des maisons s'élevèrent régulièrement de chaque côté, la nouvelle voie prit le nom de rue de l'Hôtel Dieu, parce qu'elle conduisait à une ferme de cet hôpital: puis ce nom fut changé en celui de Chaussée d'Antin parce que la rue commençait au rempart en face duquel avait été bâti l'hôtel d'Antin.

En 1791, nouveau changement. Mirabeau, le grand orateur de la Révolution, étant mort dans cette rue, à l'hôtel qui porte aujourd'hui le nº 42, l'Assemblée Nationale, sur la proposition de Bailly, décida que la rue s'appellerait désormais rue de Mirabeau. Au-dessus de la porte de l'hôtel où le célèbre tribun avait rendu le dernier soupir, on plaça une plaque de marbre noir sur laquelle se lisaient ces vers en lettres dorées:

L'âme de Mirabeau s'exhala dans ces lieux,
Hommes libres, pleurez, tyrans, baissez les yeux.

La mémoire de Mirabeau devenue impopulaire, l'inscription fut enlevée et la rue se nomma du Mont-Blanc, en souvenir de la réunion de ce département à la France.

En 1816, elle reprit son appellation monarchique de Chaussée d'Antin qui, cette fois, paraît devoir lui rester.

À propos des constructions nouvelles et luxueuses qui s'élevaient dans la Chaussée d'Antin au commencement du XVIIe siècle, je trouve dans un auteur contemporain (1725) une page des plus curieuses et qu'on me saura gré de transcrire: «Tout ce quartier, dit Germain Brice[37], ainsi que bien d'autres de la ville autrefois négligés et absolument inhabités, se remplissent de nos jours d'une quantité extrême de maisons pour lesquelles on fait des dépenses prodigieuses par le secours des nouvelles fortunes; si ces entreprises continuent de la sorte, la ville de Paris, sans bornes, comme elle a été jusqu'à présent, s'étendra à l'infini et pourra, dans la suite des temps, tomber dans le triste inconvénient de ces fameuses et superbes villes dont l'histoire fait mention, qui se sont détruites par le luxe immodéré, et par leur grandeur même, telles que Thèbes, Memphis, Palmyre, Babylone, Héliopolis, Persépolis, Leptis et Rome même, qui n'est plus à présent qu'un squelette décharné de ce qu'elle était dans sa splendeur, sans parler de beaucoup d'autres villes fameuses dont l'histoire fait mention. Si l'on consulte la bonne politique, on ne doit pas souffrir qu'il se trouve une ville dans un état qui surpasse autant les autres par sa grandeur, et par conséquent par sa puissance et par le nombre de ses habitants.»