lisons-nous dans le Dit des Rues de Paris, ce poème très peu poétique mais si curieux de Guillot publié par l'abbé Lebœuf[42]. Celte rue se nommait au XIIIe siècle (vers 1268) de la Petite Parcheminerie, quand les religieux de l'ordre des Serviteurs de la Vierge Marie, mère de Jésus, vinrent s'y établir et y bâtirent leur couvent: «que nous voyons encore à l'un de ses bouts, dit un auteur ancien; mais le peuple qui aime la brièveté quand il s'agit de nommer une chose, voyant l'habit blanc de ces religieux, laissa là bien vite cette longue traînée de mots dont était composé leur nom et les appela simplement Blancs-Manteaux, et tout de même leur rue des Blancs-Manteaux,» nom qui se trouve dans les actes de l'année 1289.
Blé (Halle au): Cet édifice, bâti sur l'emplacement de l'ancien hôtel de Soissons, fut commencé en 1763 et terminé en 1767, d'après les dessins de Camus de Mézières. La coupole, construite en 1783 par MM. Legrand et Molina, mais dont la charpente était en bois, fut détruite par un incendie dans l'année 1802. Aussi la remplaça-t-on par une armature en fer et fonte de fer, couverte de planches de cuivre étamé, sous laquelle la marchandise en toute saison se trouve à l'abri. Nulle crainte d'incendie maintenant.
Boïeldieu, (rue): François-Adrien Boïeldieu, compositeur célèbre, auteur de la Dame Blanche, la Tante Aurore, le Calife de Bagdad, le Pré aux Clercs, etc. Né à Rouen le 15 décembre 1775, il est mort à Paris, le 8 octobre 1834. Boïeldieu joignait au génie de l'artiste, les plus nobles qualités du cœur et de l'esprit. En lisant certains traits de sa vie, on serait tenté de croire que c'est à lui que pensait Mme de Bawr quand elle écrivait dans ses Souvenirs: «Une remarque que j'ai toujours eu lieu de faire c'est que les personnes que l'on pleure le plus longtemps, quand la mort les a frappées, sont celles qui étaient bonnes. Depuis que j'existe j'ai vu mourir bien des gens distingués; la douleur de leur famille, de leurs amis était vive; mais le temps produisait sur elle son effet accoutumé, même lorsque ceux dont je parle laissaient après eux une grande célébrité. En un mot j'ai reconnu que l'on peut oublier assez promptement l'homme d'esprit ou l'homme de talent avec lequel on a vécu, mais qu'on n'oublie jamais celui dont mille circonstances de la vie viennent sans cesse nous rappeler la bonté.»
Boissy d'Anglas (rue): Le comte de Boissy d'Anglas (1756-1826), député à la Convention Nationale qu'il présidait dans la fameuse journée du 1er prairial an III (26 mai 1795) et par la fermeté héroïque de son attitude sauva de l'envahissement des factieux jacobins. Il a suffi de cette noble page dans sa vie pour rendre son nom à jamais célèbre.
Bouloi (rue du): En 1359, elle est désignée sous le nom de rue aux Bouliers, dite la Cour Basile. Au XVe siècle, c'était la rue Baizile. Au XVIe, on la nomme rue des Bouliers, dite la cour Basile. Elle prend ensuite le nom de rue du Bouloi, mot dont l'origine est inconnue.
Bourgogne (rue de): Louis XIV ordonna, par un arrêt de son conseil du 23 août 1707, que la rue prendrait ce nom en l'honneur de son petit-fils, le duc de Bourgogne, dont la naissance fut accueillie avec de tels transports. «Chacun, dit Choisy, se donnait la liberté d'embrasser le roi. La foule le porta depuis la surintendance où madame la Dauphine accoucha jusqu'à ses appartements; il se laissait embrasser à qui voulait. Le bas peuple paraissait hors de sens; on faisait des feux de joie, et tous les porteurs de chaises brûlaient familièrement la chaise dorée de leur maîtresse. Ils firent un grand feu dans la cour de la galerie des Princes, et y jetèrent une partie des lambris et des parquets destinés pour la grande galerie. Bontemps, en colère, le vint dire au roi qui se mit à rire et dit: «Qu'on les laisse faire, nous aurons d'autres parquets.» La joie parut aussi vive à Paris et parut de bien plus longue durée; les boutiques furent fermées trois jours durant; toutes les rues étaient pleines de tables où les passants étaient conviés et forcés de boire sans payer; et tel artisan mangea cent écus, dans ces trois jours, qu'il ne gagnait pas dans une année.»
Voici de ce jeune prince, dont la mort prématurée et presque tragique devait tromper tant d'espérances, un remarquable portrait: «Ce prince, dit St-Simon, naquit terrible et sa première jeunesse fit trembler: dur et colère jusqu'aux derniers emportements, et jusque contre les choses inanimées; impétueux avec fureur; incapable de souffrir la moindre résistance, même des heures et des éléments, sans entrer en des fougues à faire craindre que tout se rompît dans son corps; opiniâtre à l'excès, passionné pour toute espèce de volupté. Il n'aimait pas moins le vin, la bonne chère, la chasse avec fureur, la musique avec une sorte de ravissement, et le jeu encore où il ne pouvait supporter d'être vaincu, et où le danger avec lui était extrême; enfin, livré à toutes les passions et emporté à tous les plaisirs, souvent farouche, naturellement porté à la cruauté, barbare en railleries et à produire les ridicules avec une justesse qui assommait. De la hauteur des cieux, il ne regardait les hommes que comme des atômes avec qui il n'avait aucune ressemblance quels qu'ils fussent. À peine messieurs ses frères lui paraissaient-ils des intermédiaires entre lui et le genre humain, quoiqu'on eût toujours affecté de les élever tous trois ensemble dans une parfaite égalité.»
Il fallait un miracle pour lutter contre un pareil tempérament, arriver à le modifier, à le transformer. Le miracle eut lieu grâce à l'influence religieuse et à des précepteurs tels que Fénelon, Fleury et le duc de Beauvilliers. «De cet abîme sortit un prince affable, doux, humain, modéré, patient, modeste, pénitent et autant et quelquefois au delà de ce que son état pouvait comporter, humble et austère pour soi.»
Le caractère du jeune prince alors peut se résumer dans ces paroles mémorables qu'il prononçait un jour devant Louis XIV à Marly:
«Un roi est fait pour ses sujets et non les sujets pour le roi.»