Ils supposent, sans doute, que les habitants ne toléreraient pas leurs mauvaises plaisanteries,—poursuivit le curé—et ils vont de maison en maison arrêter tous ceux qui ont la réputation d’être braves...
La señora se jeta dans un fauteuil dont elle serra fortement de ses doigts crispés les bras de bois.
—Ils ont eu tort de se laisser prendre—indiqua Remedios.
—Un grand nombre... un très grand nombre—dit D. Inocencio en s’adressant à la señora avec des gestes d’approbation—ont eu le temps de fuir, et ils sont allés à Villahorrenda avec leurs armes et leurs chevaux.
—Et Ramos?
—On vient de me dire dans la cathédrale que c’est lui qu’on cherche avec le plus d’ardeur... Juste ciel! arrêter ainsi des malheureux qui n’ont rien fait encore!... Je ne sais vraiment pas comment les bons Espagnols peuvent être si patients. Ma chère señora doña Perfecta, en vous parlant des arrestations, j’ai oublié de vous prier de vous rendre chez vous à l’instant même.
—J’y vais de suite... Est-ce que ces bandits vont aussi fouiller ma maison?
—Peut-être. Señora, c’est aujourd’hui un jour néfaste—dit D. Inocencio d’une voix solennelle et émue—que le Seigneur ait pitié de nous!
—J’ai chez moi une demi-douzaine d’hommes très bien armés—répondit la señora fortement troublée—quelle iniquité! Est-ce qu’ils seraient capables de vouloir les arrêter aussi?
—Pinzon n’aura certainement pas oublié de les dénoncer. Señora, je vous répète qu’aujourd’hui est pour nous un jour néfaste... Mais Dieu protégera l’innocence.