Il le rejeta brusquement d’un côté du passage et entra dans sa chambre. Etant donné l’état mental momentané de notre malheureux ami, ses actions devaient tendre à la très prompte réalisation de ce plan définitif: rompre immédiatement la tête à Caballuco, prendre ensuite congé de sa tante en motivant son départ par des raisons sérieuses qui, bien qu’exprimées avec modération, lui allassent à l’âme, saluer froidement le chanoine et embrasser l’inoffensif D. Cayetano; administrer, pour compléter la fête, une bonne volée de coups de bâton au tio Licurgo, quitter Orbajosa cette nuit même et secouer la poussière de ses souliers à la sortie de cette ville.

Mais au milieu de tant de dégoûts et d’amertumes, les pensées du jeune homme persécuté ne pouvaient se détacher d’une autre malheureuse créature qu’il supposait être dans une situation encore plus douloureuse et plus critique que la sienne. Sur les pas de l’ingénieur entra dans sa chambre une servante:

—Lui as-tu remis ma lettre?—demanda-t-il.

—Oui, monsieur, et elle m’a donné ceci pour vous.

Rey prit des mains de la domestique un imperceptible fragment de journal en marge duquel il lut ces mots: «On me dit que tu vas partir. Moi, je vais mourir.»

Lorsque Pepe Rey rentra dans la salle à manger, le tio Licurgo se présentant sur la porte demandait:

—Pour quelle heure faut-il préparer le bidet?

—Pour aucune—répondit vivement Pepe Rey.

—Alors tu ne pars pas cette nuit?—dit doña Perfecta—mieux vaut, en effet, que ce soit demain matin.

—Demain matin non plus.