—Moi, c’est moi, seigneur, dit celle qui s’appelait ainsi, tremblant que quelqu’une de ses compagnes ne lui prît son nom et son état civil.

—C’est elle, dit la Casiana avec un empressement officieux comme si elle croyait son exequatur nécessaire pour la certification et la reconnaissance de la personnalité de ses inférieurs.

—Alors, seña Benina, ajouta don Carlos, en s’enveloppant dans son manteau pour affronter le froid de la rue, demain à huit heures et demie, venez me trouver chez moi, nous avons à causer. Savez-vous où je demeure?

—Je l’accompagnerai, dit Élisée, faisant l’obligeant et l’empressé, par complaisance pour le seigneur et la mendiante.

—Bien. Je vous attends, seña Benina.

—Le seigneur peut y compter.

—A huit heures et demie précises. Faites bien attention, ajouta don Carlos à grands cris, qui étaient justifiés par ce fait que les plis de son manteau, raidis par le froid, lui battaient sur la bouche,—si vous arrivez avant, vous attendrez, si vous arrivez après, vous ne me rencontrerez plus.... Voilà, adieu. Demain, c’est le 25; je dois aller à Montserrat et après au cimetière; sur ce....»

III

Très sainte Marie, saint Joseph béni, que de commentaires, que de curiosité fébrile, de travail d’esprit, pour rechercher, surprendre et découvrir les intentions du bon don Carlos!

Dans les premiers moments, la même intensité de surprise rendit tout le monde muet. Dans les plis du cerveau de chacune, passait une procession... de doutes, de craintes, d’envie, de préoccupation ardente. La seña Benina, désireuse de se soustraire à un fastidieux interrogatoire, prit congé affectueusement, comme toujours elle avait coutume, et s’en alla. Almudena la suivit à quelques minutes d’intervalle. Parmi les restants, les petites phrases premières de surprise et de confusion, commencèrent à pétiller comme des étincelles: