—Oui, je me figure que tout cela est une vérité, quand vous me le dites. Je suis ainsi faite. Voyez ce qui m’arrive: il y a un instant nous parlions de fleurs; depuis ce moment, il m’arrive aux narines une odeur magnifique. Il me semble que je suis dans ma serre au milieu des fleurs les plus rares et sentant leur parfum délicieux. Et, maintenant que nous parlons de secourir la misère, j’étais tentée de vous dire: Frasquito, dressez-moi une liste des pauvres que vous connaissez, pour commencer à distribuer les aumônes.
—La liste se dressera promptement, ma chère dame, dit Ponte, subissant la contagion de ce délire imaginatif et pensant à part lui que cette liste devrait bien s’ouvrir avec le nom du plus grand besogneux qu’il connût au monde: Francisco Ponte y Delgado.
—Mais il faut encore attendre pour cela, ajouta Obdulia retombant tout d’un coup dans la réalité, pour rebondir une autre fois, comme une balle élastique et atteindre de nouveau les hauteurs. Mais, dites-moi, dans ces courses au travers de Madrid, pour soulager toutes ces misères, je me fatiguerai beaucoup, n’est-il pas vrai?
—Mais à quoi servirait donc alors votre voiture?... Je pars de la base que vous avez une grande situation.
—Vous m’accompagnerez, n’est-ce pas?
—Certainement.
—Et je vous verrai vous promenant à cheval à la Castellana?
—Je ne dis pas non. J’ai été autrefois un parfait cavalier. Je ne monte point mal.... Mais, puisque nous avons parlé d’équipage, je vous conseille beaucoup de ne pas avoir de voitures à vous... et de vous entendre avec un loueur. Il y en a qui servent bien leurs clients. Vous vous éviterez ainsi de grands cassements de tête.
—Et que vous semble? dit Obdulia que rien n’arrêtait plus, étant donné que je dois voyager, par où commencerai-je? Par l’Allemagne ou la Suisse?
—Tout d’abord Paris....