Doña Paca acquiesça par une longue enfilade de soupirs qu’elle tirait du plus profond de sa poitrine, et Benina se reprit, avec un redoublement de fièvre et de conviction, à penser à la merveilleuse conjuration.
Se promenant sans s’arrêter au travers de la cuisine, elle ne voyait plus avec les yeux de l’âme que les sept becs de la marmite, le bâton de laurier, son habillement et l’oraison.... Diablesse d’oraison, c’est cela qui était difficile!
XXII
Tout allait bien, le matin suivant: la santé de Frasquito s’améliorait d’heure en heure, et son entendement semblait revenir à une clarté moyenne; doña Paca était contente; la maison bien pourvue de victuailles; ce jour qui venait et le suivant pouvaient être considérés comme assurés, et par conséquent la pauvre Benina pouvait se dispenser de sa pénible station de mendicité à San-Sebastian. Mais, comme il lui était nécessaire de soutenir la comédie de son occupation dans la maison de l’ecclésiastique, elle sortit comme tous les jours, son panier sous le bras, résolue toutefois à ne pas perdre la matinée et à faire quelque chose d’utile. Au moment où elle allait partir, sa maîtresse lui dit:
«Il me semble que nous devrions faire une politesse à notre bon don Romualdo.... Il faut lui montrer que nous sommes reconnaissantes et bien élevées. Porte-lui de ma part deux bouteilles de champagne d’une bonne marque, pour accompagner avec elles le ragoût du lapin que tu vas lui faire aujourd’hui.
—Mais madame est folle? Savez-vous ce que coûteraient deux bouteilles de champagne? Nous nous endetterions pour plus de trois mois. Vous êtes toujours la même. C’est votre goût de bien vivre et largement qui est la cause de notre pauvreté d’à présent. Certainement nous lui ferons un cadeau, quand nous aurons gagné à la loterie, mais pour aujourd’hui je ne puis songer qu’à trouver qui me cède une piécette dans un dixième de billet à trois.
—Bien, bien, que Dieu t’accompagne!»
Et la vieille dame s’en alla causer avec Frasquito, lequel, tout ranimé, redevenait loquace. L’un et l’autre évoquèrent les souvenirs de la terre andalouse où ils étaient nés, ressuscitant familles, personnes et événements.
De fil en aiguille, doña Francisca en revint à penser à son songe, mais elle se garda bien de le raconter à son compatriote.
«Dites-moi, Ponte, qu’est-il advenu de don Pedro-José Garcia de los Antrines?»