[13: Esprit des Lois, VIII, 1.]
[14: Ce que j'écrivais ici ne s'applique qu'au système que j'examinais alors, c'est-à-dire à l'hypothèse d'un usurpateur détruisant les institutions anciennes pour leur substituer des institutions créées par un seul. La révolution qui vient de s'opérer répond à plusieurs de mes objections. Pour ce qui regarde la noblesse, par exemple, la combinaison de l'ancienne et de la nouvelle est une heureuse et libérale idée. La première donnera à la seconde le lustre de l'antiquité; et celle-ci, composée heureusement en grande partie d'hommes couverts de gloire, apporte en dot l'éclat des triomphes militaires. Dans ce cas, comme dans presque toutes les difficultés qu'elle avait à combattre, la constitution actuelle les a surmontées habilement, et a conservé tout ce qui était bon dans un régime dont l'ensemble d'ailleurs était détestable. Pour juger mon ouvrage, il ne faut pas oublier qu'il est écrit et publié depuis quatre mois: je voyais alors le mal, et je ne pouvais prévoir le bien.]
[15: Un pamphlet publié contre la prétendue chambre haute du temps de Cromwell est une preuve remarquable de l'impuissance de l'autorité dans les institutions de ce genre. Voyez «A reasonable speech made by a worthy member of parliament in the house of commons, concerning the other house.» March, 1659.]
[16: Aristot. Polit. V. 10.]
[17: De là l'ostracisme, le pétalisme, les lois agraires, la censure, etc., etc.]
[18: Voyez la preuve plus développée dans les Mémoires sur l'Instruction publique de Condorcet, et dans l'Histoire des Républiques italiennes de Simonde de Sismondi, IV, 370. Je cite avec plaisir ce dernier ouvrage, production d'un caractère aussi noble que le talent de l'auteur est distingué.]
[19: Il est assez singulier que ce soit précisément Athènes que nos modernes réformateurs ont évité de prendre pour modèle: c'est qu'Athènes nous ressemblait trop; ils voulaient plus de différences pour avoir plus de mérite. Le lecteur curieux de se convaincre du caractère tout à fait moderne des Athéniens peut consulter surtout Xénophon et Isocrate.]
[20: «Les politiques grecs, qui vivaient sous le gouvernement populaire, ne reconnaissaient, dit Montesquieu, d'autre force que celle de la vertu; ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses, et de luxe même.» (Esprit des Lois, III, 3.) Il attribue cette différence à la république et à la monarchie: il faut l'attribuer à l'esprit opposé des temps anciens et des temps modernes. Citoyens des républiques, sujets des monarchies, tous veulent des jouissances, et nul ne peut, dans l'état actuel des sociétés, ne pas en vouloir.]
[21: Je suis loin de me joindre aux détracteurs de Rousseau; ils sont nombreux dans le moment actuel. Une tourbe d'esprits subalternes qui placent leurs succès d'un jour à révoquer en doute toutes les vérités courageuses, s'agitent pour flétrir sa gloire: raison de plus pour être circonspect à le blâmer. Il a le premier rendu populaire le sentiment de nos droits; à sa voix se sont réveillés les coeurs généreux, les âmes indépendantes: mais ce qu'il sentait avec force, il n'a pas su le définir avec précision. Plusieurs chapitres du Contrat Social sont dignes des écrivains scolastiques du quinzième siècle. Que signifient des droits dont on jouit d'autant plus qu'on les aliène plus complétement? Qu'est-ce qu'une liberté en vertu de laquelle on est d'autant plus libre, que chacun fait plus complétement ce qui contrarie sa volonté propre? Les fauteurs du despotisme peuvent tirer un immense avantage des principes de Rousseau. J'en connais un qui, de même que Rousseau avait supposé que l'autorité illimitée réside dans la société entière, la suppose transportée au représentant de cette société, à un homme qu'il définit l'espèce personnifiée, la réunion individualisée. De même que Rousseau avait dit que le corps social ne pouvait nuire ni à l'ensemble de ses membres, ni à chacun d'eux en particulier, celui-ci dit que le dépositaire du pouvoir, l'homme constitué société, ne peut faire de mal à la société, parce que tout le tort qu'il lui aurait fait, il l'aurait éprouvé fidèlement, tant il était la société elle-même. De même que Rousseau dit que l'individu ne peut résister à la société, parce qu'il lui a aliéné tous ses droits sans réserve, l'autre prétend que l'autorité du dépositaire du pouvoir est absolue, parce qu'un membre de la société ne peut lutter contre la réunion entière; qu'il ne peut exister de responsabilité pour le dépositaire du pouvoir, parce qu'aucun individu ne peut entrer en compte avec l'être dont il fait partie, et que celui-ci ne peut lui répondre qu'en le faisant rentrer dans l'ordre dont il n'aurait pas dû sortir; et pour que nous ne craignions rien de la tyrannie, il ajoute: «Or, voici pourquoi son autorité (celle du dépositaire du pouvoir) ne fut pas arbitraire: ce n'était plus un homme, c'était un peuple.» Merveilleuse garantie que ce changement de mot! N'est-il pas bizarre que tous les écrivains de cette classe reprochent à Rousseau de se perdre dans les abstractions? Quand ils nous parlent de la société individualisée, et du souverain n'étant plus un homme, mais un peuple, sont-ce les abstractions qu'ils évitent?]
[22: L'ouvrage de Mably sur la Législation, ou Principes des Lois, est le code du despotisme le plus complet que l'on puisse imaginer. Combinez ses trois principes: 1° l'autorité législative est illimitée; il faut l'étendre à tout, et tout courber devant elle; 2° la liberté individuelle est un fléau; si vous ne pouvez l'anéantir, restreignez-la du moins autant qu'il est possible; 3° la propriété est un mal; si vous ne pouvez la détruire, affaiblissez son influence de toute manière; vous aurez, par votre combinaison, la constitution réunie de Constantinople et de Robespierre.]