29 Juin 1755.
M
ONSIEUR,
Il y a long-tems que je dois une réponse à votre dernière lettre, dattée du 20. Juin 1754. Je l'ai reçuë en Janvier dernier pendant que j'étois à Boston dans la nouvelle Angleterre, & depuis ce tems-là j'ai été si occupé de mes voyages en différens endroits & des affaires publiques, que je suis extrêmement en arrière avec mes correspondans.
Je vous envoyai l'année dernière un manuscrit qui contient quelques nouvelles expériences & des observations sur la foudre; je ne sçai si vous l'avez reçu, mais il a été imprimé depuis à Londres, & j'imagine que notre bon ami M. Collinson vous en aura envoyé une copie.
Je vous remercie de la bonté que vous avez euë de m'envoyer les quatre volumes de l'histoire naturelle de M. de Buffon, les cartes, &c.
Vous me demandez mon sentiment sur le livre Italien du P. Beccaria. Je l'ai lû avec beaucoup de plaisir, & je le regarde comme un des meilleurs ouvrages que j'aie vûs dans aucune langue sur cette matière; cependant je ne suis pas pour le présent de son sentiment sur l'article des jets-d'eau; néanmoins je conviendrai avec vous qu'il l'a traité avec beaucoup de finesse. Il y a quelque tems que j'ai écrit fort au long à M. Collinson ce que je pensois des tourbillons & des jets-d'eau; je ne sçai si on le publiera; en cas qu'on ne le fasse pas, je le ferai transcrire pour vous.
Je ne vois pas que le P. Beccaria doute de l'imperméabilité absoluë du verre, dans le sens que je l'entens; car les exemples qu'il rapporte de trous faits au verre par le coup électrique, sont les mêmes que nous connoissons tous; il prouve seulement que le fluide électrique n'y passeroit pas sans le trou qu'il y fait. Nous disons de même que l'eau ne peut pas passer au travers du verre, & cependant le jet-d'eau d'une pompe percera les carreaux de vitre les plus épais.
Pour ce qui regarde l'effet des pointes, de tirer la matière électrique des nuages & de préserver de cette forte les bâtimens, &c. effet dont vous me dites qu'il semble douter, je vous avouërai que je crois que c'est modestie & prudence de sa part. Je trouve qu'on ne m'a pas entendu tout à fait sur ce sujet. J'en ai parlé dans plusieurs de mes lettres & toujours, excepté une seule fois, avec une alternative, c'est-à-dire que les verges pointuës élevées sur les bâtimens, & qui communiquent avec la terre humide empêcheroient le coup de foudre, ou que si elles ne le faisoient pas, elles le conduiroient de manière que le bâtiment n'en seroit pas endommagé. Malgré cela quand on éxamine mon opinion en Europe, on ne fait attention qu'à la probabilité que ces verges préviennent un coup ou une explosion; ce n'est qu'une partie de l'usage que je proposois de faire de ces verges; quoique l'autre partie soit d'une importance & d'une utilité égales, puisqu'elle consiste à conduire un coup qu'elles n'auroient pas réussi à prévenir, il semble qu'on l'ait totalement oubliée.
Je serai fort aise de connoître les expériences de M. le Roy sur l'électricité positive & négative, quand vous pourrez me les communiquer.
Je vous remercie de m'avoir fait part de la relation que M. de Buffon vous a donnée d'un effet de la foudre tombée à Dijon le 7. de Juin dernier; en revanche permettez-moi de vous parler d'un événement de la même sorte que j'ai vû dernièrement. Étant dans la Ville de Newbury dans la nouvelle Angleterre en Novembre dernier, on me montra l'effet de la foudre sur l'Église qui en avoit été frappée peu de mois auparavant.