Nous avons cru nécessaire de montrer de quelle importance les soins de Franklin furent pour cette institution. Peu de temps après, il s'embarqua pour l'Angleterre, où l'appeloit le service de son pays; et comme depuis le même service l'a presque toujours occupé au dehors, ainsi qu'on le verra dans la suite de ces mémoires, il n'eut plus que peu d'occasions de prendre une part directe aux affaires du collége.

Lorsqu'en l'année 1785, il retourna à Philadelphie, il trouva les chartes du collége violées, et ses anciens collègues, qui en étoient, comme lui, les premiers fondateurs, privés de leurs droits d'administration, par un acte de la législature. Quoique son nom eût été inséré dans la liste des nouveaux curateurs, il refusa de prendre place parmi eux, et de se mêler de l'administration jusqu'à ce qu'une loi eût rétabli les choses dans leur premier état.

Cette loi fut rendue. Alors Franklin convoqua ses anciens collègues dans sa maison. Ils le choisirent pour leur président; et, à sa sollicitation, ils continuèrent long-temps à s'assembler chez lui. Cependant, quelques mois avant sa mort, craignant que l'attention qu'il donnoit aux affaires du collége, ne le fatiguât trop, ils lui proposèrent de tenir leurs assemblées dans le collége même, et il y consentit, quoiqu'avec quelque répugnance.

Non-seulement Franklin fut l'auteur de plusieurs institutions utiles, mais il favorisa celles dont d'autres hommes avoient conçu l'idée. Vers l'année 1752, le docteur Bond, célèbre médecin de Philadelphie, touché de l'état déplorable des pauvres, qu'il visitoit dans leurs maladies, forma le projet d'établir un hôpital. Quels que fussent ses efforts, il ne put déterminer que peu de personnes à concourir à l'exécution d'un plan aussi utile. Mais ne voulant pas y renoncer, il eut recours à Franklin, qui travailla avec ardeur à le faire réussir, soit en employant son crédit auprès de ses amis, soit en démontrant, dans sa gazette, les avantages du projet.

Ses soins ne furent point inutiles. Les souscriptions s'élevèrent bientôt à une somme considérable. Cependant cette somme étoit encore au-dessous de ce qu'il falloit pour les premiers frais de l'établissement. Franklin fit une nouvelle tentative. Il s'adressa à l'assemblée; et après quelqu'opposition, il obtint la permission de présenter un bill, qui disoit qu'aussitôt que les souscriptions pour l'établissement de l'hôpital, s'élèveroient à deux mille livres sterling, le trésor public fourniroit une pareille somme. Comme cette somme étoit promise à des conditions, qu'on espéroit ne voir jamais remplir, les opposans gardèrent le silence et le bill passa. Mais les soutiens du projet redoublèrent d'efforts, pour obtenir les souscriptions nécessaires, et ils ne tardèrent pas à y réussir. Ce fut-là l'origine de l'hôpital de Philadelphie; institution qui, avec le Mont-de-Piété et la maison où l'on distribue des remèdes, est une preuve de l'humanité des habitans de cette ville.

Franklin avoit rempli avec tant d'intelligence l'emploi de directeur des postes de Philadelphie, et il connoissoit si bien ce département, qu'on jugea nécessaire de l'élever à une place plus distinguée. En 1753, il fut nommé sous-directeur-général des postes des colonies britanniques. Les profits de la poste aux lettres n'étoient pas une petite partie des revenus que le gouvernement anglais retiroit de ses colonies. On prétend que tandis que Franklin en fut chargé, les postes de l'Amérique septentrionale produisirent annuellement trois fois autant que celles d'Irlande.

Les frontières des colonies d'Amérique étoient très-exposées aux incursions des Indiens, sur-tout lorsque la guerre avoit lieu entre la France et l'Angleterre. Ces colonies étoient individuellement trop foibles, pour que chacune pût prendre des mesures efficaces pour sa propre défense, ou elles avoient trop peu de bonne volonté pour se charger, en particulier, de construire des forts, d'entretenir des garnisons, tandis que celle qui auroit fait ces entreprises, auroit vu ses voisins partager le fruit de ses peines, sans avoir contribué à les faire naître. Quelquefois aussi les querelles, qui subsistoient entre les gouverneurs et les assemblées, empêchoient qu'on adoptât des moyens de défense, comme nous avons déjà rapporté que cela avoit eu lieu en Pensylvanie, en 1745.

Cependant il étoit à désirer que les colonies formassent un plan d'union, et pour leur défense commune, et pour leurs autres intérêts. Elles en sentirent la nécessité; et en conséquence, des commissaires des provinces de New-Hampshire, de Massachusett, de Rhode-Island, de New-Jersey, de Pensylvanie et de Maryland, se réunirent, en 1754, à Albany. Franklin s'y rendit, en qualité de commissaire de la Pensylvanie, et il y présenta un plan, qui, d'après le lieu où se tenoit l'assemblée, a été communément appelé le Plan d'Union d'Albany.

Il proposoit dans ce plan, de demander au parlement d'Angleterre, un acte d'après lequel on établiroit un gouvernement-général, composé d'un président, nommé par le roi, d'un grand-conseil, dont les membres seroient élus par les représentans des différentes colonies. Il vouloit, en même-temps, que le nombre de ces représentans fût proportionné aux sommes que chaque colonie verseroit dans le trésor public, avec cette restriction, qu'aucune ne pourroit en avoir ni plus de sept, ni moins de deux.

Toute l'autorité exécutive devoit être déléguée au président-général, et l'autorité législative devoit résider dans le grand-conseil et le président réunis; le consentement de ce dernier étant nécessaire pour qu'un bill fût converti en loi. Le président et le conseil devoient avoir le pouvoir de faire la guerre et la paix, de conclure des traités avec les nations indiennes, de régler le commerce avec elles, et d'en acheter des terres, soit au nom de la couronne d'Angleterre, soit au nom de l'union coloniale; d'établir de nouvelles colonies, de faire des loix, pour les gouverner, jusqu'à ce qu'elles fussent érigées en gouvernemens séparés; de lever des troupes, de construire des forteresses, d'équiper des vaisseaux, et d'employer tous les autres moyens propres à la défense générale. En conséquence, ils auroient pu aussi établir les impôts, ou mettre les taxes qu'il auroient cru nécessaires, et les moins onéreuses au peuple.