Ne croyez pas, messieurs, que mes plaintes ne soient excitées que par la vanité. Non. Mon chagrin a un motif bien plus sérieux. D'après un usage établi dans ma famille, nous sommes obligées, ma sœur et moi, de pourvoir à la subsistance de nos parens. Je vous dirai, en confidence, que ma sœur est sujette à la goutte, aux rhumatismes, à la crampe, sans compter beaucoup d'autres accidens. Or, si elle éprouve quelqu'indisposition, quel sera le sort de notre pauvre famille? Nos parens ne se repentiront-ils pas alors amèrement d'avoir mis une si grande différence entre deux sœurs si parfaitement égales? Hélas! nous périrons de misère. Il me sera même impossible de griffonner une pétition, pour demander des secours; car j'ai été obligée d'emprunter une main étrangère pour transcrire la requête que j'ai l'honneur de vous présenter.

Daignez, messieurs, faire sentir à nos parens l'injustice d'une tendresse exclusive, et la nécessité de partager également leurs soins et leur affection entre tous leurs enfans.

Je suis, avec un profond respect,

Messieurs,

Votre obéissante servante,

La Main Gauche

LA BELLE JAMBE

ET

LA JAMBE DIFFORME.