Quelque grand que soit l'avantage de la découverte que je communique si loyalement au public, je ne demande ni place, ni pension, ni privilége exclusif, ni aucune autre espèce de récompense. Je ne veux que la seule gloire de l'avoir faite. Malgré cela, je sais bien qu'il se trouvera de petits esprits envieux, qui voudront, comme de coutume, me la disputer, et qui diront que mon invention étoit connue des anciens. Peut-être même citeront-ils, pour le prouver, des passages de quelques vieux livres.

Je ne soutiendrai point, contre ces critiques, que les anciens ne savoient pas que le soleil devoit se lever à certaines heures. Probablement des almanachs, comme ceux que nous avons aujourd'hui, le leur prédisoient. Mais il ne s'ensuit pas que les anciens sussent qu'il fesoit jour aussitôt que le soleil se levoit.

C'est là ce que j'appelle ma découverte. Si les anciens connoissoient cette vérité, elle doit avoir été oubliée depuis long-temps; car elle est ignorée des modernes, ou du moins des Parisiens; et pour le prouver, je n'ai besoin de faire usage que d'un argument bien simple.

Les Parisiens sont un peuple aussi bien instruit, aussi judicieux, aussi prudent qu'aucun autre qui existe sur la terre. Tous les Parisiens professent, comme moi, l'amour de l'économie; et d'après les nombreux et pesants impôts qu'exigent les besoins de l'état, ils ont certainement bien raison d'être économes. Je dis donc qu'il est impossible que dans de pareilles circonstances, un peuple aussi sensé se fût servi si long-temps de l'enfumante, mal-saine et horriblement coûteuse lumière de la chandelle, s'il avoit réellement su qu'il pouvoit avoir pour rien autant de la pure lumière du soleil.

Un Abonné.

Fin du premier Volume.

TABLE DES ARTICLES

Contenus dans ce Volume.

[Vie de Benjamin Franklin.]

[Extrait du Testament de Benjamin Franklin.]