La Goutte.
Pas une fois. Pendant tout le bel été passé vous y êtes arrivé à six heures. Vous y avez trouvé cette charmante femme et ses beaux enfans, et ses amis, prêts à vous accompagner dans ces promenades, et à vous amuser avec leurs agréables conversations.—Et qu'avez-vous fait?—Vous vous êtes assis sur la terrasse; vous avez loué la belle vue, regardé la beauté des jardins en bas: mais vous n'avez pas bougé un pas pour descendre vous y promener.—Au contraire; vous avez demandé du thé et l'échiquier. Et vous voilà collé à votre siége jusqu'à neuf heures, et cela après avoir joué, peut-être deux heures, où vous avez dîné. Alors, au lieu de retourner chez vous à pied, ce qui pourroit vous remuer un peu, vous prenez votre voiture.—Quelle sottise de croire qu'avec tout ce déréglement, on peut se conserver en santé sans moi!
Franklin.
À cette heure, je suis convaincu de la justesse de cette remarque du bonhomme Richard, que nos dettes et nos péchés sont toujours plus qu'on ne pense.
La Goutte.
C'est comme cela que vous autres philosophes avez toujours les maximes des sages dans votre bouche, pendant que votre conduite est comme celle des ignorans.
Franklin.
Mais faites-vous un de mes crimes, de ce que je retourne en voiture de chez madame B...?
La Goutte.
Oui, assurément; car vous, qui avez été assis toute la journée, vous ne pouvez pas dire que vous êtes fatigué du travail du jour. Vous n'avez donc pas besoin d'être soulagé par une voiture.