La Goutte.

Vous êtes un ingrat de me dire cela!—N'est-ce pas moi qui, en qualité de votre médecin, vous ai sauvé de la paralysie, de l'hydropisie, de l'apoplexie, dont l'une ou l'autre vous auroient tué, il y a long-temps, si je ne les en avois empêchées.

Franklin.

Je le confesse, et je vous remercie pour ce qui est passé. Mais, de grâce, quittez-moi pour jamais; car il me semble qu'on aimerait mieux mourir que d'être guéri si douloureusement.—Souvenez-vous que j'ai aussi été votre ami. Je n'ai jamais loué de combattre contre vous, ni les médecins, ni les charlatans d'aucune espèce: si donc vous ne me quittez pas, vous serez aussi accusable d'ingratitude.

La Goutte.

Je ne pense pas que je vous doive grande obligation de cela. Je me moque des charlatans. Ils peuvent vous tuer, mais ils ne peuvent pas me nuire; et quant aux vrais médecins, ils sont enfin convaincus de cette vérité, que la goutte n'est pas une maladie, mais un véritable remède, et qu'il ne faut pas guérir un remède.—Revenons à notre affaire. Tenez.

Franklin.

Oh! de grace, quittez-moi; et je vous promets fidèlement que désormais je ne jouerai plus aux échecs, que je ferai de l'exercice journellement, et que je vivrai sobrement.

La Goutte.

Je vous connois bien. Vous êtes un beau prometteur: mais après quelques mois de bonne santé, vous recommencez à aller votre ancien train. Vos belles promesses seront oubliées comme on oublie les formes des nuages de la dernière année.—Allons donc, finissons notre compte; après cela je vous quitterai. Mais soyez assuré que je vous visiterai en temps et lieu: car c'est pour votre bien; et je suis, vous savez, votre bonne amie.