L'importance du cheïkh ul-islam est en tout temps très grande; il est le principal personnage de l'empire avec le grand vizir; mais dans les moments de crise, cette importance peut devenir prédominante. Un fetwâ de quelques lignes peut décider d'une révolution. Lorsque le sultan Abd ul-Aziz fut déposé, il le fut en vertu de la décision que voici, rendue par le cheïkh ul-islam Hassan Khaïrullah:
«Si le commandeur des croyants tient une conduite insensée, et s'il n'a pas les connaissances politiques exigées pour gouverner, s'il fait des dépenses personnelles que l'empire ne peut supporter, si son maintien sur le trône doit avoir des conséquences funestes, faut-il le déposer?» Réponse: «La loi (le chéri) dit: Oui.»
On juge par là du caractère théocratique qu'a gardé le système politique de l'islam, jusqu'à notre temps.
(V. d'Ohsson, V, 487, 526; La Jonquière, Histoire de l'empire ottoman, p. 182, 262; et les autres historiens de la Turquie.)
Rites.—On sait que les quatre grandes écoles de jurisprudence qui se partagent l'islamisme orthodoxe sont celles de Abou Hanifa, Châféï, Malek et Ibn Hanbal.
On les appelle les quatre «rites». Il n'y a entre ces quatre écoles que des différences de détails, portant sur la manière d'interpréter la loi; mais tous les points essentiels de la doctrine leur sont communs.
Lois militaires.—Le principe religieux est, avons-nous dit, que le devoir militaire n'incombe pas aux non-musulmans.
On voit malgré cette doctrine, à diverses époques, des chrétiens se joindre aux armées ottomanes. Dans les deux siècles qui précédèrent la prise de Constantinople, beaucoup de Chrétiens étaient entrés dans les armées de l'empire et avaient été convertis par force à l'islam; d'autres, ayant gardé leur religion, servaient à titre d'auxiliaire; les généraux étaient, en grande proportion, d'origine chrétienne.