«L'étude des livres engendre les vers de livres, les bookworms», dit Oscar Browning.—C'est ce que nous appelons, d'un terme bien moins expressif et dépréciateur, les rats de bibliothèque.—
Je suppose que l'auteur de cet aimable aphorisme, qui est un écrivain et un érudit fort distingué, ne se laisse point arrêter dans son étude des livres par la crainte de devenir larve.
Mais, puisqu'il faut risquer ce danger, quels livres est-il le plus prudent et le plus agréable de lire, les nouveaux ou les vieux?
Les avis sont partagés. Je donne ici l'écho des sons divers de cloches battant à différents clochers.
«Les livres nouveaux ont du moins ce grand avantage sur les anciens d'être propres, dit Mr. W.-A. Davenport. Il n'est pas donné à tout le monde de s'emporter en dithyrambes sur des poussières et des vermoulures.»
Comme on voit bien que cet ami de la littérature lit des livres qu'il achète, et n'imagine pas qu'on puisse se souiller les doigts aux couvertures et feuillets des livres de cabinets de lecture et autres circulating libraries!
Mr. Lowell dit par contre, et en vers:
Lire les livres nouveaux, c'est comme manger du pain frais;
on le supporte d'abord, mais par degrés, la
dyspepsie mentale vous conduit aux portes de la mort.
Le journal américain The Bookmart connaît à ce mal redoutable un remède approprié, et voici son ordonnance: «Chaque fois qu'on publie un livre nouveau, lisez-en un vieux», et l'équilibre sera rétabli. Du reste, ajoute-t-il ailleurs, «tous les livres d'un mérite supérieur sont nécessairement second-hand (épuisés et de la librairie d'occasion). Les autres servent aux pâtissiers et aux emballeurs.»
O. W. Holmes, dont la philosophie était si souriante et si humaine, offre à nos méditations cette remarque: