Le fou est un peu plus gros, mais plus raccourci ; il est blanc mêlé de gris ; il pêche le poisson en plongeant. La pointe de son bec est recourbée, et les côtés en sont bordés de petites pointes qui lui aident à saisir sa proie. La frégate lui fait la guerre. Celui-là a de meilleurs instrumens ; mais celle-ci plus de légèreté et de finesse. Lorsque le fou a rempli son jabot de poisson, elle l'attaque et lui fait rendre sa pêche, qu'elle reçoit en l'air.

Nous vîmes le premier fou vers le treizième degré de latitude sud.

A peu près à cette hauteur, nous aperçûmes, pour la première fois, l'oiseau que les marins appellent fauchet, fouquet, taille-vent, taille-mer ou cordonnier. C'est un oiseau qui, dans son vol, semble faucher la surface de l'eau.

Les goëlettes, que l'on trouve en grandes troupes, dénotent les hauts-fonds et le voisinage des côtes : elles sont blanches, et de loin ressemblent, pour le vol et la forme, à des pigeons.

L'envergure est un oiseau un peu plus gros que les fauchets, de la taille d'un fort canard ; il est blanc sous le ventre, d'un gris brun sur les ailes et le dos : il tire son nom de la grande étendue de ses ailes ou de son envergure.

Les damiers ne se trouvent qu'aux approches du cap de Bonne-Espérance ; ils sont gros comme des pigeons, ont la tête et la queue noires, le ventre blanc, le dos et les ailes marqués régulièrement de noir et de blanc comme les cases d'un jeu de dames.

Après les damiers, nous vîmes le mouton-du-Cap. C'est un oiseau plus gros qu'une oie, au bec couleur de chair, aux ailes très-étendues, mêlées de gris et de blanc. On ne le trouve guère qu'à la latitude du cap de Bonne-Espérance. J'ai vu tous ces oiseaux se reposer sur l'eau, excepté la frégate et l'envergure. Leur vue peut servir à indiquer les parages où l'on se trouve, lorsqu'on a été plusieurs jours sans prendre hauteur, ou lorsque les courans ont fait dériver en longitude. Il serait à souhaiter que les marins expérimentés donnassent là-dessus leurs observations. Il y a des espèces qui ne s'éloignent point de terre, où elles vont reposer tous les soirs. Des goëlettes blanches, vues en pleine mer, désigneraient quelque terre ou récif inconnu, dans le voisinage ; mais les manches-de-velours en seraient une preuve infaillible.

Il y a aussi quelques espèces de glaïeuls, ou algues flottantes, auxquelles on doit faire attention. Ces différens indices peuvent suppléer au moyen qui nous manque de déterminer les longitudes. On observe la variation matin et soir ; mais ce moyen n'est point sûr. On ne voit pas tous les jours le soleil se lever et se coucher. D'ailleurs la variation, qui est, comme vous savez, la déclinaison de l'aiguille, varie d'une année à l'autre sous le même méridien. La propriété qu'elle a de s'incliner vers la terre par sa partie aimantée, pourrait être d'une plus grande utilité. C'est ce que l'expérience fera connaître.

JUIN, 1768.

Le 1er, les vents d'ouest s'étant enfin déclarés, nous nous flattâmes de doubler bientôt le Cap.