JUILLET, 1768.
Le 1er, les vents furent favorables. Nous vîmes encore des damiers et des fauchets. Le scorbut fait des ravages affreux. On compte trente-six malades hors de service.
Le 2, bon frais, belle mer.
Le 3, beau temps, la mer un peu grosse. On voit encore des damiers. Ce soir, un charpentier mourut du scorbut. On compte aujourd'hui quarante scorbutiques. Ce mal fait des progrès à vue d'œil. On l'attribue aux exhalaisons qui sortent de la cale remplie de mâts qui ont long-temps séjourné dans la vase.
Le 4, le temps fut beau ; nous vîmes quantité de damiers.
Le 5, on vit les mêmes oiseaux et une baleine qu'on crut avoir été harponnée, par des plaies d'un rouge vif qu'on apercevait sur sa peau. Vu des damiers. Petit temps, mais favorable.
Les 6 et 7, le scorbut nous gagne tous. Nous avons quarante-cinq hommes sur les cadres : le reste de l'équipage est très-affaibli.
Le 8, on vit quelques taille-vents. Nous eûmes beau ciel et belle mer. Tout le monde est d'une tristesse mortelle.
Le 9, un matelot, du nombre de ceux qui font le quart, est mort subitement. Nous avons tous, aujourd'hui, éprouvé des faiblesses ; quelques-uns, des vertiges et des maux de cœur. Cependant nous sommes à plus de cent lieues, au vent, de terre connue. On prétend avoir vu un paille-en-cu.
Le 10, on comptait soixante scorbutiques sur les cadres. Hier, on en administra sept.