On trouve des sardines et des maquereaux d'un goût médiocre, ainsi que tous les poissons de cette mer. Ils diffèrent un peu des nôtres pour la forme.
La poule d'eau, espèce de turbot, est le meilleur de tous. Sa graisse est verte.
Il y a des raies blanches avec une longue queue hérissée d'épines, et d'autres dont la peau et la chair sont noires ; des sabres, ainsi nommés de leur forme ; des lunes, bariolées de différentes couleurs ; des bourses, dont la peau est dessinée comme un réseau ; d'autres poissons semblables aux merlans, colorés de jaune, de rouge et de violet ; des perroquets qui non seulement sont verts, mais qui ont la tête jaune, le bec blanc et courbé, et vont en troupe comme ces oiseaux.
Le poisson armé est petit, et d'une forme très-bizarre. Sa tête est faite comme celle du brochet. Il porte sur son dos sept pointes aussi longues que son corps. La piqûre en est très-venimeuse. Elles sont unies entre elles par une pellicule qui ressemble à une aile de chauve-souris. Il est rayé de bandes brunes et blanches qui commencent à son museau, précisément comme au zèbre du Cap. Le poisson qui est carré comme un coffre, dont il porte le nom, est armé de deux cornes comme un taureau. Il y en a de plusieurs espèces ; il ne devient jamais grand. Le porc-épic est tout hérissé de longs piquans. Le polybe, qui rampe dans les flaques d'eau avec ses sept bras armés de ventouses, change de couleur, vomit l'eau, et tâche de saisir celui qui veut le prendre. Toutes ces espèces, d'une forme si étrange, se trouvent dans les récifs, et ne valent pas grand'chose à manger.
Les poissons de ces mers sont inférieurs pour le goût à ceux d'Europe ; en revanche, ceux d'eau douce sont meilleurs que les nôtres. Ils paraissent de même espèce que ceux de mer. On distingue la lubine, le mulet, et la carpe qui diffère de celle de nos rivières ; le cabot, qui vit dans les torrens, au milieu des rochers, où il s'attache avec une membrane concave et des chevrettes fort grosses et fort délicates. L'anguille est coriace, c'est une espèce de congre. Il y en a de sept à huit pieds de long, de la grosseur de la jambe. Elles se retirent dans les trous des rivières, et dévorent quelquefois ceux qui ont l'imprudence de s'y baigner.
Il y a des homards ou langoustes d'une grandeur prodigieuse. Ils n'ont point de grosses pattes. Ils sont bleus, marbrés de blanc. J'y ai vu une petite espèce de homard d'une forme charmante : il était d'un bleu céleste, et avait deux petites pattes divisées en deux articulations à peu près comme un couteau dont la lame se replierait dans sa rainure : il saisissait sa proie comme s'il était manchot.
Il y a une très-grande variété de crabes. Voici ceux qui m'ont paru les plus remarquables.
Une espèce toute raboteuse de tubercules et de pointes comme un madrépore ; une autre qui porte sur le dos l'empreinte de cinq cachets rouges ; celui qui a au bout de ses serres la forme d'un fer à cheval ; une espèce, couverte de poils, qui n'a point de pinces, et qui s'attache à la carène des vaisseaux ; un crabe marbré de gris, dont la coque, quoique lisse, est fort inégale : on y remarque beaucoup de figures inégales et bizarres, qui cependant sont constamment les mêmes sur chaque crabe ; celui qui a ses yeux au bout de deux longs tuyaux comme des télescopes : quand il ne s'en sert point, il les couche dans des rainures le long de sa coquille ; l'araignée de mer ; un crabe dont les pinces sont rouges, et dont une est beaucoup plus grosse que l'autre ; un petit crabe, dont la coquille est trois fois plus grande que lui : il en est couvert comme d'un grand bouclier ; on ne voit point ses pattes quand il marche.
On trouve en plusieurs endroits, le long du rivage, à quelques pieds sous l'eau, une multitude de gros boudins vivans, roux et noirs. En les tirant de l'eau, ils lancent une glaire blanche et épaisse, qui se change dans le moment en un paquet de fils déliés et glutineux. Je crois cet animal l'ennemi des crabes, parmi lesquels on le rencontre. Sa glaire visqueuse est très-propre à embarrasser leurs pattes, qui d'ailleurs ne sauraient avoir de prise sur son cuir élastique et sur sa forme cylindrique. Les matelots lui donnent un nom fort grossier, qu'on peut rendre en latin par mentula monachi. Les Chinois en font grand cas, et le regardent comme un puissant aphrodisiaque.
Je crois qu'on peut mettre au rang des poissons à coquille, une masse informe, molle et membraneuse, au centre de laquelle se trouve un seul os plat, un peu cambré. Dans cette espèce, l'ordre commun paraît renversé : l'animal est au dehors, et la coquille au dedans.