L'ouragan arrive tous les ans assez régulièrement au mois de décembre ; quelquefois en mars. Comme les vents font le tour de l'horizon, il n'y a point de souterrain où la pluie ne pénètre. Il détruit un grand nombre de rats, de sauterelles et de fourmis, et on est quelque temps sans en voir. Il tient lieu d'hiver ; mais ses ravages sont plus terribles. On se ressouviendra long-temps de celui de 1760. On vit un contrevent enlevé en l'air, et dardé comme une flèche dans une couverture. Les mâts inférieurs d'un vaisseau de 64 canons, qui étaient sans vergues, furent tors et rompus. Il n'y a point d'arbre d'Europe qui pût résister à de si violens tourbillons. Nous avons vu comment la nature avait défendu les forêts de ce pays.
JANVIER, 1769.
Temps pluvieux, chaud et lourd. Grands orages, mais peu de tonnerre. Comme les coups de vent sont violens dans cette saison, la navigation cesse depuis décembre jusqu'en avril.
Toutes les prairies ont reverdi ; le paysage est plus gai, mais le ciel est plus triste.
FÉVRIER.
Temps orageux et coups de vent violens. Le paquebot l'Heureux, envoyé à Madagascar, a péri, ainsi que le vaisseau le Favori, parti du Cap.
Le 25 de ce mois, les nuages rassemblés par le vent de nord-ouest, se formèrent en longue bande immobile depuis la montagne du Pavillon jusqu'à l'île aux Tonneliers. Il en sortit une quantité prodigieuse de coups de tonnerre ; l'orage dura depuis six heures du matin jusqu'à midi. La foudre tomba un grand nombre de fois. Un grenadier fut tué d'un coup ; une négresse d'un autre, ainsi qu'un bœuf sur l'île aux Tonneliers : un fusil fut fondu dans la maison d'un officier. Ces gens-ci disent qu'il n'y a pas d'exemple que le tonnerre soit tombé dans la ville ; pour moi, je n'en ai jamais entendu de si violent : il semblait que c'était un bombardement. Je crois que si on eût tiré le canon, l'explosion eût dissipé ces nuages qui étaient immobiles.
MARS.
Les pluies sont un peu moins fréquentes, les vents toujours au sud-est. La chaleur supportable.