Voici dans quel ordre je les dispose. 1o Les plantes qui se reproduisent d'elles-mêmes, et qui se sont comme naturalisées dans la campagne. 2o Celles qu'on cultive dans la campagne. 3o Les herbes des jardins potagers. 4o Celles des jardins à fleurs. Je suivrai le même plan pour les arbrisseaux et les arbres. De ceux que je connais, je n'en omettrai aucun. On ne doit pas dédaigner de décrire ce que la nature n'a pas dédaigné de former.

1o Plantes sauvages.

On trouve dans quelques plaines voisines de la ville une espèce d'indigo que je crois étranger à l'île. On n'en tire aucun parti.

Le pourpier croît dans les lieux sablonneux ; il peut être naturel au pays : je serais assez porté à le croire, en ce qu'il est de la famille des plantes grasses. La nature paraît avoir destiné cette classe, qui croît dans les lieux les plus arides, à faciliter d'autres végétations.

Le cresson se trouve dans tous les ruisseaux. On l'a apporté il y a dix ans. La dent-de-lion ou pissenlit et l'absinthe, croissent volontiers dans les décombres et sur les terres remuées ; mais surtout la molène y étale ses larges feuilles cotonnées, et y élève sa girandole de fleurs jaunes à une hauteur extraordinaire.

La squine (qui n'est pas la plante de Chine de ce nom) est un gramen de la grandeur des plus beaux seigles. Elle s'étend chaque jour en étouffant les autres herbes. Elle a le défaut d'être coriace lorsqu'elle est sèche. Il faudrait la couper avant sa maturité. Elle n'est verte que cinq mois de l'année, ensuite on y met le feu, malgré les ordonnances. Ces incendies brûlent et dessèchent les lisières des bois.

L'herbe blanche (ainsi nommée de la couleur de sa fleur) a été apportée comme un bon fourrage. Aucun animal n'en peut manger. Sa graine ressemble à celle du cerfeuil : elle se multiplie si vite, qu'elle est devenue un des fléaux de l'agriculture.

La brette, dont le nom, en langue indienne, signifie une feuille bonne à manger, est une espèce de morelle. Il y en a de deux sortes, l'une appelée brette de Madagascar. Sa feuille est un peu épineuse, mais douce au goût ; c'est un aliment purgatif. L'autre, d'un usage plus commun, se sert sur les tables comme les épinards. C'est le seul mets à la discrétion des noirs ; il croît partout : l'eau où cette feuille a bouilli est fort amère ; ils y trempent leur manioc et ils y mêlent leurs larmes.

2o Plantes que l'on cultive à la campagne.

Le manioc, dont on distingue une seconde espèce appelée camaignoc ; il vient dans les lieux les plus secs : son suc a perdu sa qualité vénéneuse : c'est une sorte d'arbrisseau dont la feuille est palmée comme celle du chanvre. Sa racine est grosse et longue comme le bras : on la râpe, et, sans la presser, on en fait des gâteaux fort lourds. On en donne trois livres par jour à chaque nègre pour toute nourriture. Ce végétal se multiplie aisément. M. de La Bourdonnais l'a fait venir d'Amérique. C'est une plante fort utile, en ce qu'elle est à l'abri des ouragans, et qu'elle assure la subsistance des nègres. Les chiens n'en veulent point.