De là, la voûte allait toujours en baissant. Insensiblement nous étions obligés de marcher sur les pieds et sur les mains : la chaleur m'étouffait ; je ne voulus pas aller plus loin. Mes compagnons, plus lestes, et en déshabillé convenable, continuèrent leur route.
En retournant sur mes pas, je trouvai une racine grosse comme le doigt, attachée à la voûte par de très-petits filamens. Elle avait plus de dix pieds de longueur, sans branches ni feuilles, ni apparence qu'elle en eût jamais eu ; elle était entière à ses deux bouts. Je la crois une plante d'une espèce singulière : elle était remplie d'un suc laiteux.
Je revins donc à l'entrée de la grotte, où je m'assis pour respirer librement. Au bout de quelque temps, j'entendis un bourdonnement sourd, et je vis, à la lueur des flambeaux portés par des nègres, apparaître nos voyageurs en bonnet, en chemise, en caleçon si sales et si rouges qu'on les eût pris pour quelques personnages de tragédie anglaise. Ils étaient baignés de sueur et tout barbouillés de cette terre rouge, sur laquelle ils s'étaient traînés sur le ventre sans pouvoir aller plus loin.
Cette caverne se bouche de plus en plus. Il me semble qu'on en pourrait faire de magnifiques magasins, en la coupant de murs pour empêcher les eaux d'y entrer. Le marquis d'Albergati m'en donna les dimensions que voici, avec mes notes.
| t. | p. | ||||
| Le terrain est très-sec danstoute cette partie : on yremarque plusieurs fentes quis'étendent dans toute lalargeur ; l'entrée est àl'ouest-nord-ouest. | |||||
| Depuis l'entrée,première voûte. | { | Hauteur. | 3 | 2 | |
| Largeur. | 5 | ||||
| Longueur. | 22 | ||||
| Le souterrain tourne au N-O ¼N ; corrigez N-O ¼ O. Leterrain est sec : il règne danspresque toute cette partie unebanquette d'environ deux piedset demi de hauteur, avec un groscordon. | |||||
| Deuxième voûtedepuis lepremier coude. | { | Hauteur. | 2 | 5 | |
| Largeur. | 4 | ||||
| Longueur. | 68 | 2 | |||
| La voûte tourne au N-O ; corrigezO-N-O, 2 deg. 30 min. N : à sonextrémité elle n'a que quatrepieds de hauteur, mais elle serelève à quelques toises de là.Elle est pierreuse et humide.On y remarque de petitescongélations ou stalactites. | |||||
| Troisième voûtedepuis ledeuxième coude. | { | Hauteur. | 1 | 5 | |
| Largeur. | 2 | 2 | |||
| Longueur. | 48 | 2 | |||
| Les banquettes et mouluresrègnent sur les côtés : il y a unespace d'environ cinquante piedsrempli de roches détachées de lavoûte. Cet endroit n'est pas sûr.Le terrain va droit sans coude. | |||||
| Quatrième voûte. | { | Hauteur. | 3 | ||
| Largeur. | 4 | 3 | |||
| Longueur. | 58 | 2 | |||
| Il va au N-N-O, 3 deg. N ;corrigez N-O ¼ N, 5 deg. O. | |||||
| Cinquième voûteet troisièmecoude. | { | Hauteur. | 1 | 2 | |
| Largeur. | 3 | ||||
| Longueur. | 38 | 2 | |||
| Au N-O ¼ N-O ; corrigez N-O¼ N, 2 deg. 30 m. | |||||
| Sixième voûte,quatrièmecoude. | { | Hauteur. | 1 | 4 | |
| Largeur. | 3 | 3 | |||
| Longueur. | 15 | 0 | |||
| Au N-O ¼ O ; corrigezO ¼ N-O, 2 deg. 30 min. | |||||
| Septième voûte,cinquièmecoude. | { | Hauteur. | 1 | 3 | |
| Largeur. | 2 | 4 | |||
| Longueur. | 26 | 4 | |||
| A l'O ¼ N-O ; corrigez O¼ S-O, 2 deg. 30 min. O. | |||||
| Huitième voûte,sixième coude. | { | Hauteur. | 1 | 5 | |
| Largeur. | 3 | ||||
| Longueur. | 15 | ||||
| Au N ¼ N-O ; corrigezN-O ¼ N, 2 deg. 30 min. N.Ici je m'en retournai. | |||||
| Neuvième voûte,septièmecoude. | { | Hauteur. | 1 | 1 | |
| Largeur. | 3 | ||||
| Longueur. | 28 | 2 | |||
| Au N-N-O, 5 deg. 3 min. O ;corrigez N-O, 3 deg. 30 min. O.Il faut marcher le tiers de cettevoûte sur le ventre. Il y a deuxans cette partie était pluspraticable. | |||||
| Dixième voûte,huitième coude. | { | Hauteur. | 2 | ||
| Largeur. | 3 | ||||
| Longueur. | 16 | 4 | |||
| Au bout sont des flaques d'eau :la voûte menace de s'écrouler endeux ou trois endroits. | |||||
| Onzième voûte. | { | Hauteur. | 0 | 2 | |
| Largeur. | 1 | 4 | |||
| Longueur. | 6 | 0 | |||
| D'après ce tableau, la longueur totale de la caverne est de343 toises. | |||||
Nous revînmes le soir à la ville.
Cette course me mit en goût d'en faire d'autres. Il y avait long-temps que j'étais invité par un habitant de la Rivière-Noire, appelé M. de Messin, à l'aller voir ; il demeure à sept lieues du Port-Louis. Je profitai de sa pirogue qui venait toutes les semaines au port. Le patron vint m'avertir, et je m'embarquai à minuit. La pirogue est une espèce de bateau formé d'une seule pièce de bois, qui va à la rame et à la voile. Nous y étions neuf personnes.
A minuit et demi nous sortîmes du port en ramant. La mer était fort houleuse, elle brisait beaucoup sur les récifs. Souvent nous passions dans leur écume sans les apercevoir, car la nuit était fort obscure. Le patron me dit qu'il ne pouvait pas continuer sa route avant que le jour fût venu, et qu'il allait mettre à terre.
Nous pouvions avoir fait une lieue et demie ; il vint mouiller un peu au-dessous de la petite rivière. Les noirs me descendirent au rivage sur leurs épaules, après quoi ils prirent deux morceaux de bois, l'un de veloutier, l'autre de bambou, et ils allumèrent du feu en les frottant l'un contre l'autre. Cette méthode est bien ancienne ; les Romains s'en servaient. Pline dit qu'il n'y a rien de meilleur que le bois de lierre frotté avec le bois de laurier.
Nos gens s'assirent autour du feu en fumant leur pipe. C'est une espèce de creuset au bout d'un gros roseau ; ils se le prêtent tour-à-tour. Je leur fis distribuer de l'eau-de-vie, et je fus me coucher sur le sable, entouré de mon manteau.