LE VOYAGEUR.

Madame, vous me faites une mauvaise querelle. Doutez-vous que les Romains qui ont bâti l'amphithéâtre de Nîmes, n'aient bu, mangé et dormi, quoique les historiens qui parlent de ce monument n'en fassent pas mention?

Il y a des choses qui sautent aux yeux. Vous faites arroser tous les jours votre parterre ; et vous demandez si ses habitants boivent? Vous savez que, quand les plantes manquent d'air, elles périssent ; et vous demandez s'ils respirent? Vous voyez beaucoup de fleurs se refermer pendant la nuit[8] ; il y a même des arbres, comme le tamarinier, dont toutes les feuilles se reclosent dans les ténèbres : ils sont donc sensibles à la lumière. N'avez-vous pas vu la sensitive se mouvoir et se resserrer dès qu'on la touche?

[8] Non seulement les fleurs se referment pendant la nuit, mais il y en a qui changent de couleurs.

LA DAME.

J'en ai été bien étonnée. On prétendait que c'était un effet produit par la chaleur de la main, mais je vous assure qu'elle faisait le même mouvement quand on la touchait avec une canne[9].

[9] Un bâton, une pierre jetée, et même le vent, font mouvoir la sensitive d'un mouvement intérieur et apparent.

LE VOYAGEUR.

On expliquait de même, par la chaleur, la contraction des fleurs ; comme si le même effet n'arrivait pas toutes les nuits, quelle que soit leur température. J'ai vérifié aussi la fausseté de ce raisonnement.

LA DAME.