LE VOYAGEUR.
Ils ont des besoins contraires. Dans nos climats, il leur faut de la chaleur : aussi les nôtres bâtissent les fleurs avant les feuilles, et les ouvrent à découvert aux premiers jours du printemps, comme on le voit dans les amandiers, pêchers, abricotiers, cerisiers, poiriers, pruniers, coudriers, et même dans les ormes et les saules. Leur forme est ordinairement en rose, ce qui donne des formes de miroir bien concaves et bien circulaires.
Dans les pays du nord, ils bâtissent des fleurs solides formées de chatons et d'écailles. Elles sont rangées sur des cônes comme sur des espaliers. Les fleurs et les parois qui les appuient sont échauffées à la fois par le soleil. Celles des sapins et des bouleaux en seraient brûlées dans les pays chauds : aussi ces arbres n'y peuvent-ils croître.
Enfin, une preuve bien forte que les pétales des fleurs servent à échauffer l'embryon où est la graine, c'est qu'on ne les trouve pas sur les fleurs mâles qui unissent sur des arbres séparés ; ces parties n'y seraient d'aucune utilité.
LA DAME.
Voilà qui est admirable, de quelque façon que cela arrive. Il me semble que je pourrais faire mûrir ici du café en mettant des réverbères autour des fleurs. Il me semble qu'à l'inspection de la fleur, on peut juger si l'arbre qui la donne résistera à un climat ardent. Je croirais bien que les papilionacées peuvent y réussir, parce qu'elles sont renversées.
LE VOYAGEUR.
Vous avez raison, madame ; les fleurs de beaucoup d'arbres et d'arbrisseaux de l'Inde ont cette forme ; beaucoup donnent des fruits légumineux, ce qui est très-rare en Europe. Ici les fruits semblent chercher le soleil ; là, ils semblent l'éviter. La plupart naissent au tronc, ou pendent à des grappes.
LA DAME.
Vous ne m'échapperez pas de tout le jour, vous viendrez dîner avec moi ; nous raisonnerons sur les fruits au dessert. Je ne puis pas fournir à votre système une meilleure bibliothèque. Vous tirerez parti des livres d'une manière ou d'autre.