Vergue. De virga, verge ou branche. Les vergues du mât sont comme les branches d'un arbre.

Virer. Tourner. On vire le câble ; on vire de bord. Comme ces manœuvres emploient beaucoup d'efforts, il y a apparence que virer vient de vis, force, dont on a fait aussi vir un homme.

Y.

Yole. Petite chaloupe fort légère et jolie. Ce nom-là pourrait fort bien venir du grec. Je n'en serais pas fâché pour l'honneur de notre marine. C'est la seule science qui ait emprunté ses termes des barbares du nord ou des Portugais. Si quelque savant veut se donner la peine de rechercher cette origine, je le prie de faire attention qu'Hercule fut un des premiers marins, et que son ami Iolas était avec lui.

Je ne garantis aucune de ces étymologies ; mais elles ont cela de commode, qu'en rapprochant le nom des choses, de leurs usages, elles les expliquent ; et c'est ce que je me suis proposé.

VOYAGE EN SILÉSIE.

Lorsque je revenais de Russie en France, je me trouvai avec un bon nombre de voyageurs de différentes nations, sur le chariot de poste qui mène de Riga à Breslau. Nous étions rangés deux à deux, assis sur des bancs de bois, nos malles sous nos pieds, le ciel sur nos têtes, voyageant jour et nuit, exposés à toutes les injures de l'air, et ne trouvant dans les auberges de la route que du pain noir, de l'eau-de-vie de grain, et du café. Telle est la manière de voyager en Russie, en Prusse, en Pologne, et dans la plupart des pays du Nord. Après avoir traversé, tantôt de grandes forêts de sapins et de bouleaux, tantôt des campagnes sablonneuses, nous entrâmes dans des montagnes couvertes de hêtres et de chênes, qui séparent la Pologne de la Silésie.

Quoique mes compagnons de voyage sussent le français, langue aujourd'hui universelle en Europe, ils parlaient fort peu. Un matin au lever de l'aurore, nous nous trouvâmes sur une colline auprès d'un château situé dans une position charmante. Plusieurs ruisseaux circulaient à travers ses longues avenues de tilleuls, et formaient, au bas, des îles plantées de vergers au milieu des prairies. Au loin, autant que la vue pouvait s'étendre, nous apercevions les riches campagnes de la Silésie, couvertes de moissons, de villages, et de maisons de plaisance arrosées par l'Oder, qui les traversait comme un ruban d'argent et d'azur. « Oh! la belle vue! s'écria un peintre italien qui allait à Dresde ; il me semble voir le Milanais. » Un astronome de l'académie de Berlin se mit à dire : « Voilà de grandes plaines, on pourrait y tracer une longue base, et par ces clochers avoir une belle suite de triangles. » Un baron autrichien, souriant dédaigneusement, répondit au géomètre : « Sachez que cette terre est des plus nobles d'Allemagne ; tous ces clochers que vous voyez là-bas en dépendent. — Cela étant, repartit un marchand suisse, les habitans y sont donc serfs. Par ma foi, c'est un pauvre pays. » Un officier hussard prussien, qui fumait sa pipe, la retira gravement de sa bouche, et se mit à dire d'un ton ferme : « Personne ici ne relève que du roi de Prusse. Il a délivré les Silésiens du joug de l'Autriche et de ses nobles. Je me souviens qu'il nous a fait camper ici il y a quatre ans. Oh! les belles campagnes pour donner une bataille! j'établirais mes magasins dans le château, et mon artillerie sur ses terrasses. Je borderais la rivière avec mon infanterie, je mettrais ma cavalerie sur les ailes ; et avec trente mille hommes j'attendrais ici toutes les forces de l'empire. Vive Frédéric! » A peine s'était-il remis à fumer, qu'un officier russe prit la parole. « Je ne voudrais pas, dit-il, vivre dans un pays comme la Silésie, ouvert à toutes les armées. Nos cosaques l'ont ravagée dans la dernière guerre, et sans nos troupes réglées qui les continrent, ils n'y auraient pas laissé une chaumière debout. C'est encore pis à présent. Les paysans peuvent y plaider contre leurs seigneurs. Les bourgeois y ont même de plus grands priviléges dans leurs municipalités. J'aime mieux les environs de Moscou. » Un jeune étudiant de Leipsick répondit aux deux officiers : « Messieurs, comment pouvez-vous parler de guerre dans des lieux si charmans? Permettez-moi de vous apprendre que le nom même de Silésie vient de Campi Elysii, Champs Élysiens. Il vaut mieux s'écrier avec Virgile :

… Lycori,

… Hîc ipso tecum consumerer ævo.