Le bon homme. Remettez-le à tantôt que nous aurons beu; aussi bien jamais honnête homme ne besogna par procureur. Tenez ceci secret; & ne le montrez pas à ces maîtres veaux; bran pour eux.

Azoare. Davantage, il y a, comme je le conclus, des pifres équivolans, qui, oyant parler de ce grand simpose, en penseront de biais, comme Jaquette du Mas, qui fit un enfant, sans savoir le nom ni le surnom du pere; de quoi elle étoit fort dolente. Son enfant fut nommé Adam. Un jour qu'elle étoit au sermon, elle ouit le prêcheur qui s'éfiloit d'alléguer l'écriture, & disoit, Adam, ubi es? Cette fillette sortit tout incontinent de là, très-aise de savoir le nom de son fils. On lui avoit dit que les prêcheurs savoient tout; parquoi elle nomma depuis son fils, Adam de Biais. C'est celle qui disputoit l'autre jour à la porte de l'église cathédrale.

Amiot. Qui est l'autre?

Azoare. C'est celle qui vous servoit, quand vous étiez grand aumônier, & que vous fûtes si malade. Elle m'a conté que vous disiez au barbier qui vous pançoit, & vous avoit assuré que vous aviez la vérole: hélas! monsieur Gaspard, mon ami, j'avois toujours prié ce bon dieu qu'il m'en gardât. Et il vous répondit: aussi a-t-il fait, monsieur; il vous a gardé de la plus fine. C'est qu'il falloit que cela passât. Pourquoi est-ce que vous y venez? Les friandes querelloient le fils de Jaquette qui étoit grandet. Voyant ces rixes, il tira sa mere par la robe, & lui dit: ma mere, appellez-la vîtement putain, avant qu'elle vous y appelle. Putain, dit-elle. Tu as menti, fit l'autre; c'est toi qui es une putain; tu as donné la vérole à messieurs. Elle parloit de chanoines.

Auguste. Vraiment, bon homme, c'est bien vous qui êtes allé de biais. Que n'achevez-vous ce que vous avez commencé.

Azoare. Pour votre révérence, bon empereur, je le ferai, d'autant que la barbare opinion de ces veaux d'attache ne pensera pas que nous beuvions & rions. Ils s'intentionneront à gauche, d'autant qu'ils n'approuvent que ce qui prend à leur mêche. Mais que l'aze les quille; & fût-ce celui de Don Rodigue das Yervas.

Sophocles. Pourquoi nommez-vous cettui là?

Azoare. Parce que, quand on le voulut faire inquisiteur, il dit qu'il eût mieux aimé être vendeur de morts aux rats & aux souris.

Remontrance.

XXXIII. Mais cependant que je prendrai un peu de réfection, dites à notre ami Erasme qu'il vous conte l'histoire de Rodigue. Ce que je désire me réfectionner d'un peu de viande & de liqueur, est, que je crains de perdre le devant & le derriere, comme cette abstinente de Confolant. Je m'en rapporte aux médecins. Ça, notre ami, donne-moi un peu de cette vie sans fin; c'est-à-dire de cette langue de bœuf, de ce jambon. Çà, çà, Rabelais, Copus, Anacréon, beuvons, & gai. A savoir si la langue branle, quand on boit; si le troufignon barbotte, quand on pette. Aussi-bien ce causeur nous tiendra longtemps. Que voici un bon chausse-pied! Savez-vous bien pour quoi je me délecte tant à boire? C'est pour ce que j'ai une belle joie, quand il me pleut dans le ventre. Mais ce fou de Flamand se fâchera, si on ne l'écoute.