Diogenes. Vous parlez de suer; & en quel temps est-ce que les vis suent?
Cesar. Fi, fi, vous êtes salaud.
Madame. Oui, je l'entends comme vous; je dis jeu sans vilénie, comme nous disons nous autres filles; c'est quand il menace de pluie, que la vis de notre grenier sue, & qu'elle est relente, & si le noyau de la vis, ou la vis même est de pierre, tant mieux, elle en durera davantage, ainsi que celle des tuileries.
Dioscorides. Vraiment, l'autre jour que j'y étois, je voyois des dames Parisiennes, qui admirent cet ouvrage, y montant, elles relevoient leurs cottes & s'entredisoient? madame, ma mie, que voici une belle entrée de vis! Jean voire, leur dis-je à deux belles, que puissiez-vous jamais n'être à votre aise, que je, n'en aie fait la preuve par essai naturel.
Héliodore. C'est votre souverain bien que ces imaginations, & plus encore quand vous en tenez la cause: je ne dis pas les imaginaisons: il faudroit avoir les doigts bien subtils. Il est vrai que ces esprits familiers, ainsi montant, sont de bonne rencontre & facile accès.
Jamblique. Ne parlez point des esprits, je m'y suis trop rompu la tête, & n'en ai su venir à bout.
L'autre. Ce n'est que votre faute, d'autant que le familier s'approche aisément. Et qui en sait plus que moi? Vere, vere, ce sont abus que vos contes de loup, d'esprits fantastiques.
Cardan. Vous vous paillardez lanterniérement sur l'éloquence, & faites ainsi admirer la suite d'une vaine rencontre d'esprits: ce qui se trouve inepte & fat, sans fruit, cela n'étant que rêverie: & pourtant je vous dis que vos frivoles conceptions ne sont rien au prix de la douceur & mignonne rencontre, non d'esprits qui ne sont pas, mais d'essences vraies. Et n'y a rien tel, pour le contentement, que la formelle embrassade d'un esprit familier, incube ou succube, id est, femelle pour nous, & mâle pour les dames, qui les appellent foulons, qui vont la nuit fouler le monde, & leur presser la rate.
L'autre. Vos contes sont fadaises, & ne sont que folles fantaisies; mais la réalité temporelle, sensitive & communicable d'une vérité perceptible est la perfection produisante bon & singulier effet de délices, bien loin des pensées mélancoliques, qui sont persuadées par crainte, folie ou sotte curiosité. Il y en a tant qui desirent des esprits familiers; jamais personne n'en eut faute: l'ayant voulu autrement, nul n'a osé entamer le propos ni la piece, ni congner ou laisser congner en l'entamée ou entameure. Il faut tout dire; ceux qui sont savans s'y connoissent; & puis dites, ô vous qui vous macerez: le diable me tente. Tu nous la bailles belle! C'est votre propre nature nerveuse, qui s'excite selon la loi naturelle vîte & sainte; & vous faites semblant de ne l'entendre pas. Il faudroit, afin que ce que vous dites fût vrai, que le diable vous soufflât au jaret, comme il fit à Andocidès, ainsi qu'on le pratique aux veaux. Cependant, cruels hypocrites, vous ne voulez pas donner gloire à madame nature qui opere; vous aimez mieux en faire auteur le diable; & ainsi vous lui faites hommage, lui attribuant une puissance qui est en vous. C'est grande pitié! Cela vient de la folle spéculation. Et ces messieurs les parfaits réformés, qui coursoient leur bonnet selon leur fantaisie! Qu'ainsi ne soit; je le prouverai par raison; il n'y a homme, tant soit-il débile, qui ne le fasse mieux qu'un diable, encore que l'on dise: il le fait en diable. Ce qu'il faut entendre sainement. C'est-à-dire: il le fait autant (quand c'est un bon faiseur) comme un diable seroit desireux de le faire, s'il savoit ce que c'est. On ne dit point en diablesse; aussi les mâles font tout: les femmes font comme gueux; elles ne font que tendre leur écuelle.
Darius. Appellez-vous cela une écuelle? Quand le cancre de mer prit les levres du cas de madame, il n'avoit à ce conte pris que le bord d'une écuelle.