[322] Ps. LXVIII, 33 ; Rom., XII, 2.
Votre parole, ô Dieu, source de la vie éternelle, demeure et ne s’écoule point. Aussi nous défend-elle, elle-même, de nous éloigner d’elle, en nous disant : « Ne vous conformez pas au siècle », afin que votre terre, abreuvée à la source de vie, produise une âme vivante, secondée par le Verbe que vos évangélistes ont publié, une âme pure, imitatrice des imitateurs du Christ. Et tel est le sens de ces mots : « Selon son espèce » ; car l’homme ne se plaît à imiter que ceux qu’il aime. « Soyez comme moi, dit l’Apôtre, car je suis comme vous[323] ».
[323] Galat., IV, 12.
Ainsi, cette âme vive n’est peuplée que d’animaux apprivoisés, dont les actions témoignent la douceur. C’est le précepte que vous avez donné : « Agissez en vos œuvres avec douceur, et vous serez aimé de tous les hommes[324] ». Et ces troupeaux inférieurs ne se trouveront pas mieux pour être dans l’abondance, ni plus mal pour être dans la disette ; et ces serpents innocents seront sans venin pour nuire, mais pleins de prudence pour éviter les morsures, et ils ne donneront à la contemplation de la nature temporelle qu’autant qu’il est nécessaire pour s’élever de la vue de l’ordre temporel à la vue intelligente de l’ordre éternel. Ces animaux deviennent les serviteurs de la raison, quand ils ont reçu le frein qui les préserve de la mort ; et ils vivent alors, et leur être est bon.
[324] Eccl., III, 19.
XXII
Vie de l’âme renouvelée.
Oui, Seigneur, mon Dieu et mon Créateur, quand nos affections seront dégagées de l’amour du siècle, et de cette vie de péché, qui nous faisait mourir ; quand notre âme commencera de vivre de la vraie vie, docile à la parole que vous avez fait entendre par la bouche de l’Apôtre : « Ne vous conformez pas au siècle » ; alors doit s’accomplir le précepte qui suit aussitôt : « Mais réformez-vous en renouvellement de l’esprit[325] ». Et il ne s’agit plus de se produire « suivant son espèce », d’imiter ses prédécesseurs, et de régler sa vie sur l’autorité d’un homme plus parfait. Non : car vous n’avez pas dit : Que l’homme soit fait selon son espèce, mais : « Faisons l’homme à notre image et ressemblance », afin que nous ayons la faculté de reconnaître quelle est votre volonté. C’est pourquoi le grand dispensateur de vos mystères, père de tant de fils selon l’Évangile, ne voulant pas toujours avoir des enfants à la mamelle, nourrissons à porter dans ses bras, s’écrie : « Réformez-vous en renouvellement d’esprit, pour reconnaître la volonté de Dieu, pour savoir ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait ». Aussi, ne dites-vous pas : Que l’homme soit fait, mais : « Faisons l’homme » ; et non : selon son espèce, mais : « à notre image et ressemblance ». Renouvelé spirituellement, et voyant votre vérité des yeux de l’intelligence, il n’a plus besoin d’un maître, d’un modèle de son espèce. C’est de vous, et c’est en vous qu’il connaît votre vérité, ce qui est bon, ce qui vous plaît. Et vous lui donnez la puissance de contempler la Trinité de votre Unité, et l’Unité de votre Trinité. Aussi, vous dites d’abord au pluriel : « Faisons l’homme » ; puis vous ajoutez : « Et Dieu fit l’homme ». Vous dites : « A notre image » ; et vous ajoutez : « A l’image de Dieu ». Ainsi, l’homme est renouvelé dans la connaissance de Dieu, « selon l’image de Celui qui l’a créé », — « et transformé en esprit, il juge de tout, et n’est jugé de personne ».
[325] Rom., XII, 2.
XXIII
De qui l’homme spirituel peut juger.
Or, « l’homme spirituel juge de tout », et c’est ce que l’Écriture appelle « avoir puissance sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les animaux domestiques et sauvages, sur toute la terre, sur tout ce qui rampe à sa surface ». Et, cette puissance, il l’exerce par cette intelligence qui le rend capable de pénétrer « ce qui est de l’Esprit de Dieu » ! « Déchu de la gloire, par défaut d’intelligence, n’est-il pas descendu au rang des brutes, ne leur est-il pas devenu semblable[326] » ?