[14] Philipp., II, 12.

[15] An 403.

X
Fureur des Circoncellions.

Les Donatistes avaient aussi dans presque toutes leurs églises une certaine espèce d’hommes, monstres de violence et de perversité, qui, sous prétexte de professer la continence, se répandaient partout. On les appelait Circoncellions. Ils étaient nombreux et établis dans presque toutes les provinces de l’Afrique. Séduits par des docteurs d’iniquité, dans l’emportement de leur orgueil et de leur témérité, contre toute justice, ils défendaient aux citoyens de poursuivre leurs droits ou leurs créances ; la désobéissance à leurs ordres était suivie des plus cruels traitements. On les voyait, munis de toutes sortes d’armes, courir comme des forcenés, ravageant les terres, pillant les villes ; leur fureur allait jusqu’à l’effusion du sang. Et lorsque la prédication assidue de la parole de Dieu cherchait à traiter de la paix avec les ennemis de la paix, ils interrompaient par des brutalités gratuites les paroles de conciliation. Cependant la vérité, contraire à leur secte, se répandait, et ceux qu’elle ramenait s’arrachaient ou se dérobaient, suivant leur pouvoir, à la tyrannie de ces sectaires, pour se réunir autant que possible en groupes, à la paix et à l’unité de l’Église. Ceux-ci, voyant s’éclaircir les rangs de l’erreur et jaloux de l’accroissement de l’Église, ne mirent plus de limites à leur fureur ; ils se rallièrent pour déchirer par d’horribles persécutions le sein de l’Église ; les prêtres et les ministres catholiques étaient jour et nuit en butte à leurs agressions et à leurs brigandages. Ils versèrent le sang d’un grand nombre des serviteurs de Dieu. Ils jetèrent dans les yeux de quelques-uns de la chaux détrempée avec du vinaigre ; ils en égorgèrent d’autres. Ces Donatistes ou Rebaptisants devenaient pour leur parti même un objet d’horreur.

XI
Progrès de l’Église.

Or, à la faveur de ces progrès de la vérité, ceux qui servaient Dieu dans le monastère sous saint Augustin, et avec lui, commencèrent à être ordonnés pour l’église d’Hippone. Et plus tard, la prédication de la doctrine catholique se répandant de jour en jour avec plus d’éclat, avec la renommée de la sainte règle des serviteurs de Dieu, de leur continence et de leur pauvreté profonde, on demanda avec instance au monastère institué et développé par le saint des prêtres et des évêques. On les obtint et c’est par eux que la paix et l’unité de l’Église commença, et enfin s’établit. Car j’en connais environ dix, hommes saints et vénérables, soit par l’austérité de leur vie, soit pour l’étendue de leur science, que le bienheureux Augustin a donnés à plusieurs Églises, à quelques-unes même des plus considérables qui les lui demandaient. Ceux-ci, élevés dans la sainte profession des moines, fondèrent à leur tour des monastères, et, jaloux de l’édification du Verbe de Dieu, ils donnèrent aux autres Églises plusieurs de ces frères élevés au sacerdoce. Ainsi la science salutaire de la foi, de l’espérance et de la charité de l’Église se propageant en plusieurs et par plusieurs, et par les ouvrages que le saint publiait et que l’on traduisait en grec, c’est d’un seul homme que, non seulement dans toute l’étendue de l’Afrique, mais encore au delà des mers, la piété et la science se répandaient, avec l’aide de Dieu. Et le méchant, selon la parole de l’Écriture, « voyait cela avec rage ; il grinçait les dents, il se consumait de fureur[16] ». Mais les serviteurs de Dieu « étaient pacifiques envers les ennemis de la paix ; et tandis qu’ils en parlaient, ceux-ci ne songeaient qu’à les attaquer[17] ».

[16] Ps. CXI, 10.

[17] Ps. CXIX, 7.

XII
Saint Augustin miraculeusement préservé des pièges de ses ennemis.

Souvent ces mêmes Circoncellions se postèrent en armes sur les chemins où devait passer le serviteur de Dieu, quand, ce qui arrivait fréquemment à la prière des peuples catholiques, il allait les visiter, les instruire et les exhorter. Aussi, souvent la victime échappa à leur fureur ; une fois entre autres, par la providence de Dieu et par l’erreur d’un guide, le saint prêtre et ses compagnons arrivèrent à leur destination par un autre chemin. Ils apprirent ensuite que cette erreur les avait dérobés aux mains homicides.