[132] Ps. XXXVIII, 12.
[133] Rom., I, 20.
XI
Les créatures sont et ne sont pas.
Et arrêtant ma vue sur tous les objets au-dessous de vous, je les reconnus, ni pour être absolument, ni pour n’être absolument pas. Ils sont, puisqu’ils sont par vous ; ils ne sont pas, puisqu’ils ne sont pas ce que vous êtes. Il n’est en vérité que ce qui demeure immuablement. Donc, « il m’est bon de m’attacher à Dieu[134] » ; car, si je ne demeure en lui, je ne saurais demeurer en moi-même. « Et c’est lui qui, dans son immuable permanence, renouvelle toutes choses. Et vous êtes mon Seigneur, parce que vous n’avez pas besoin de mes biens[135] ».
[134] Ps. LXXII, 20.
[135] Sap., VII ; Ps. XV, 2.
XII
Toute substance est bonne d’origine.
Et il me parut évident que ce n’est qu’en tant que bonnes que les choses se corrompent. Que si elles étaient de souveraine ou de nulle bonté, elles ne pourraient se corrompre. Souverainement bonnes, elles seraient incorruptibles ; nullement bonnes, que laisseraient-elles à corrompre ? Car la corruption nuit, et ne saurait nuire sans diminuer le bien. Donc, ou la corruption n’est point nuisible, ce qui ne se peut ; ou, ce qui est indubitable, tout ce qui se corrompt est privé d’un bien. Être privé de tout bien, c’est le néant. Être, et ne plus pouvoir se corrompre, serait un état meilleur ; la permanence dans l’incorruptibilité. Or, quoi de plus extravagant que de prétendre que la perte de tout bien améliore ? Donc, la privation de tout bien anéantit. Donc, ce qui est, tant qu’il est, est bon. Donc, tout ce qui est est bon. Et ce mal, dont je cherchais partout l’origine, n’est pas une substance ; s’il était substance, il serait bon. Car, ou il serait incorruptible, et sa bonté serait grande, ou il serait corruptible, ce qui ne se peut sans bonté.
Ainsi je vis clairement que vous n’aviez rien fait que de bon, et qu’il n’est aucune substance que vous n’ayez faite. Et quoique vous n’ayez pas doué toutes choses d’une égale bonté, elles sont pourtant, parce qu’elles sont, d’une bonté particulière ; et toutes ensemble sont très bonnes, parce que « vous avez fait », mon Dieu, « tout très bon[136] ».
[136] Gen., I, 31.