[141] Rom., I, 20.

Et je montai par degrés du corps à l’âme qui sent par le corps, et de là à cette faculté intérieure à qui le sens corporel annonce la présence des objets du dehors, limite où s’arrête l’instinct des animaux ; j’atteignis enfin cette puissance raisonnable, juge de tous les rapports des sens.

Et voilà que, se reconnaissant en moi sujette au changement, cette puissance s’élève à la pure intelligence, emmène sa pensée loin des troublantes distractions de l’habitude et de la fantaisie, pour découvrir quelle est la lumière qui l’inonde quand elle déclare hautement l’immuable préférable au muable. Et cet immuable, d’où le connaît-elle ? Que si elle n’en avait nulle connaissance, elle ne le préférerait point au muable ; elle n’atteindrait pas jusqu’à ce rayon de gloire qui aveugle, en passant, notre tremblant coup d’œil.

Alors, « vos perfections invisibles se dévoilèrent à moi par l’intelligence de vos œuvres », mais je n’y pus fixer mon regard émoussé. Rendu à ma faiblesse ordinaire, je n’avais plus avec moi qu’un amoureux souvenir, et le regret de ne pouvoir goûter au mets dont le parfum m’avait séduit.

XVIII
Il ignorait encore l’Incarnation de Jésus-Christ.

Et je cherchais la voie où l’on trouve la force pour jouir de vous, et je ne la trouvais pas que je n’eusse embrassé « le Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ homme[142] », Dieu souverain, béni dans tous les siècles, qui nous appelle par ces paroles : « Je suis la voie, la vérité, la vie[143] » ; nourriture trop forte pour notre faiblesse, mais qui s’unit à notre chair. Le Verbe s’est fait chair, afin que votre sagesse, par qui vous avez tout créé, devînt le lait de notre enfance.

[142] I Tim., II, 5.

[143] Joan., XIV, 6.

Et je n’étais pas humble, pour connaître mon humble maître Jésus-Christ, et les profonds enseignements de son infirmité. Car votre Verbe, l’éternelle vérité, planant infiniment au-dessus des dernières cimes de votre création, élève à soi les infériorités soumises. C’est dans les basses régions qu’il s’est bâti avec notre boue une humble masure, pour faire tomber du haut d’eux-mêmes ceux qu’il voulait réduire afin de les amener à lui, guérissant l’orgueil au profit de l’amour. Il a voulu que leur foi en eux cessât de les égarer, qu’ils s’humiliassent dans leur infirmité, en voyant à leurs pieds, infirme sous les haillons de notre tunique charnelle, la Divinité même, et que las, se couchant sur elle, elle les enlevât avec elle en se relevant.

XIX
Il prenait Jésus-Christ pour un homme d’éminente sagesse.