IV
Pourquoi les conversions célèbres doivent inspirer une joie plus vive.
Agissez, Seigneur, faites ; réveillez-nous, rappelez-nous ; embrasez et ravissez ; soyez flamme et douceur ; aimons, courons. Combien reviennent à vous d’un enfer d’aveuglement plus profond que Victorinus, et s’approchent et reçoivent le rayon de votre lumière ! Et ils ne le reçoivent qu’avec le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Mais, moins connus du monde, la joie de leur retour est moins vive, même en ceux qui les connaissent. La joie générale est individuellement plus féconde ; le feu gagne au contact, et la flamme s’élance. Et puis, les hommes connus de plusieurs autorisent et devancent de plus nombreuses conversions. C’est pourquoi leurs prédécesseurs mêmes se livrent à cette joie de prosélytisme qui en prévoit de nouvelles.
Car, loin de ma pensée que, sous votre tente, le riche ait la préséance sur le pauvre et le puissant sur le faible, « puisque vous avez fait choix des plus faibles pour confondre les forts, et des objets du monde les plus vils et les plus méprisables, et de ce qui est comme n’étant pas, pour anéantir ce qui est[166] ». Et cependant le moindre de vos apôtres, dont la voix a fait entendre cet oracle de votre sagesse, vainqueur de l’orgueil du proconsul Paul, qu’il fit passer sous le joug de douceur de votre Christ et enrôla sous les drapeaux du plus grand des rois, cet apôtre « de Saul, voulut s’appeler Paul[167] » en souvenir de cet éclatant triomphe. Car l’ennemi est plus glorieusement vaincu dans celui qu’il possède avec plus d’empire et par qui il en possède plusieurs. Il tient les grands par l’orgueil de leur renommée, et le vulgaire par l’autorité de leurs exemples.
[166] Cor., I, 27, 28.
[167] Act., XII, 7, 12.
Or, plus on aimait à se figurer le cœur de Victorinus comme une citadelle inexpugnable où Satan s’était renfermé, et sa langue comme un dard fort et acéré, dont il avait tué tant d’âmes, plus l’enthousiasme de vos enfants dut éclater en voyant « le fort enchaîné par notre Roi » : ses vases conquis, « purifiés, consacrés à votre culte, et devenus les instruments du Seigneur pour toute bonne œuvre[168] ».
[168] Matth., XII, 29 ; II Tim., II, 21.
V
Tyrannie de l’habitude.
L’homme de Dieu m’avait fait ce récit de Victorinus, et je brûlais déjà de l’imiter. Telle avait été l’intention de Simplicianus. Et quand il ajouta qu’au temps de l’empereur Julien, où un édit défendit aux chrétiens d’enseigner les lettres et l’art oratoire, Victorinus s’était empressé d’obéir à cette loi, désertant l’école de faconde plutôt que votre Verbe, « qui donne l’éloquence à la langue de l’enfant[169] », il ne me parut pas moins heureux que fort d’avoir trouvé tant de loisir pour vous.
[169] Sap., X, 21.