V
L’homme ne se connaît pas entièrement lui-même.
C’est vous, Seigneur, qui êtes mon juge, parce que, « bien que nul homme ne sache rien de l’homme que l’esprit de l’homme qui est en lui[218] », cependant il est quelque chose de l’homme que ne sait pas même l’esprit de l’homme qui est en lui. Mais vous savez tout de lui, Seigneur, qui l’avez fait. Et moi, qui m’abaisse sous votre regard, qui ne vois en moi que terre et que cendre, je sais pourtant de vous une chose que j’ignore de moi. Et, certes, « ne vous voyant pas encore face à face, mais en énigme et au miroir[219] », dans cet exil, errant loin de vous, plus présent à moi-même qu’à vous, je sais, néanmoins, que vous êtes inviolable, et j’ignore à quelles tentations je suis ou ne suis pas capable de résister.
[218] I Cor., II, 11.
[219] I Cor., XIII, 12.
Et j’ai l’espérance que, « fidèle comme vous l’êtes, ne permettant pas que nous soyons tentés au delà de nos forces, vous nous donnez la puissance de soutenir la tentation et d’en sortir vainqueurs[220] ». Je confesserai donc, de moi, ce que je sais, et aussi ce que j’ignore. Car ce que je connais de moi, je le connais à votre lumière, et ce que j’ignore de moi, je l’ignore « jusqu’à ce que votre face change mes ténèbres en midi[221] ».
[220] I Cor., X, 13.
[221] Isai., LVIII, 10.
VI
Ce qu’il sait avec certitude, c’est qu’il aime Dieu.
Ce que je sais, de toute la certitude de la conscience, Seigneur, c’est que je vous aime. Vous avez percé mon cœur de votre parole, et à l’instant je vous aimai. Le ciel et la terre et tout ce qu’ils contiennent ne me disent-ils pas aussi de toutes parts qu’il faut que je vous aime ? Et ils ne cessent de le dire aux hommes, « afin qu’ils demeurent sans excuse[222] ». Mais le langage de votre miséricorde est plus intérieur « en celui dont vous daignez avoir pitié, et à qui il vous plaît de faire grâce[223] » ; autrement le ciel et la terre racontent vos louanges à des sourds.
[222] Rom., I, 20.