D'aultres fois y vont reallement & corporellement, laissant en leur place quelque simulachre ou effigie à leur ressemblance, par quoy soit leur mary desceu, s'il vient à s'esueigler. Le Dæmon a bien souuent aussi coustume, ayant prins un corps, de soy substituer on lict de la Sorciere partie au Sabbat; & par ainsi a commerce charnel auec le paouure mary. Ou bien elles vsent d'vn aultre artifice, endormant iceluy d'un sommeil magicque. Bertrande Tonstrix a confessé l'auoir faict souuentes fois & auoir bien souuent endormy son mary en lui frottant l'aureille de sa main dextre oingte premierement de l'onguent dont elle mesme se gressoit pour aller au Sabbat. Eller, femme du doyen d'Ottingen, aduoua qu'elle supposoit en sa place un aureiller d'enfant, aprés auoir prononcé le nom de son dæmon; d'autres duppaient leur mary auecques des balays. Marie, femme du raccommodeur de Metzer Esch, se seruoit d'vne botte de fouarre qui disparoissoit si tost qu'elle reuenoit à la maison[5].
Il y a au Sabbat plus de femmes que d'homes.
Interrogez en iustice, des Sorciers ont dict estre vrayment aux assemblées nocturnes grande multitude de gens des deux sexes; Iehanne de Banno, Nicole Ganat de Mayner en Lorraine, ont asceüré auoir veu au Sabbat, toutes & quantes fois elles y estoient, si grande mesnie de Sorciers que plus ne les estonnoit la misere des homes, à qui sont par tant d'ennemis tant d'embusches dressées; ains s'esbahissoient moult que ne feussent plus grandes les calamitez humaines. Catherine Ruffa a dict auoir veu cinq cents Sorciers, à tout le moins, la premiere nuict qu'elle feut au Sabbat. Pourtant atteste Barbelline Raiel de Blainville es eaux que les femmes s'y treuuent en nombre maieur.
La raison pour quoy il y a au Sabbat plus de femmes que d'homes est que en icelles est plus grande superstitiosité, dont les causes sont: la prime, que les femmes sont par nature plus facillement meues à recepvoir des reuelations: faisant de ces reuelations bon vsaige sont grandement bonnes; mauluois deviennent suppellativement meschantes. La seconde que les femmes sont credules à merueille: le Diable s'estudiant principalement à surprendre la creance les hante & assaille de meilleur gré. La tierce que les femmes sont naturellement loquaces & bauardes, ne sçavent garder un secret & racontent aux aultres femmes tout ce qu'elles sçavent. Oultre sont cholericques & ne pouant par deffault de forces se venger, ont recours aux malefices, faisant au prochain par art diabolicque le mal que faire ne peuuent par force ouuerte. La quarte et vltime, que les femmes, comme dit Terentius, sont en leurs idées aussi muables qu'enfans; par quoy la femme meschante abiure plus facilement sa foy, que par auant auoit en degré excessif. Et ce est en sorcellerie raison fondamentale pour ne s'estonner si les femmes suyuent le Diable plus que les homes. Ne faut celer pourtant que Satan se efforce d'attirer à soy autant les homes que les femmes[6].
De ce qui se faict au Sabbat, & mesme de l'Offertoire des chandelles, du Baiser, des Danses, de l'Accouplement du Dæmon auec les Sorciers, des Festins, du Conte que rendent les Sorciers à Satan, du battement d'eau pour la gresle, de la Messe que l'on y célebre, de l'eau benoiste que l'on faict, & comme Satan se consomme en feu & reduict en cendre.
«Le Sabbat est comme vne foire de marchands meslez, furieux et transportez, qui arriuent de toutes parts. Vne rencontre & meslange de cent mille subiects soubdains & transitoires, nouueaulx à la verité, mais d'vne nouueauté effroyable qui offence l'œil, & soubsleue le cuœur. Parmy ces mesmes subiects, il s'en voit de reels, & d'aultres prestigieux & illusoires: aulcuns plaisans (mais fort peu) côm sont les clochettes & instrumens melodieux qu'on y entend de toutes sortes, qui ne chatouillent que l'aureille, & ne touchent rien au cœur: consistant plus en bruyt qui estourdit & estonne, qu'en harmonie qui plaise & qui resiouisse. Les autres desplaisans, pleins de difformité & d'horreur, ne tendant qu'à dissolution, priuation, ruine & destruction. Où les personnes s'y abbrutissent & transforment en bestes perdant la parole tant qu'elles sont ainsi. Et les bestes au contraire y parlent, & semblent auoir plus de raison que les personnes chascun estant tiré hors son naturel.» (de Lancre, loc. cit., p. 119.)
Les Sorciers estans assemblez en leur Synagogue, adorent en premier lieu Satan, qui apparoist là tantost en forme d'vn grand home noir ou rouge, gehenné, tourmenté & flamboyant comme vn feu qui sort d'vne fournaise ardente, et tantost en forme d'vn bouc barbu, pour ce que le bouc est vne beste puante, salace et lasciue[7], & pour luy faire un plus grand hommaige, ilz luy offrent des chandelles, qui rendent vne flambe de couleur bleuë, & puys le baisent aux parties honteuses darrière[8] (Fig. 10): quelques-vns le baisent sus l'espaule: à d'aultres fois encor, il tient vne imaige noire qu'il faict baiser aux Sorciers. Vray est que adorant Satan ilz ne se tiennent tousiours en mesme posture; tantost le suppliant à deux genoilz; tantost se renuersant sus le dos; tantost iectant les iambes en hault, ne baissant la teste sus la poictrine, ains la releuant de façon que le menton soit tourné vers le Ciel. (Fig. 11.) Aultres fois ilz s'approchent du Dæmon le dos tourné, & aduancent lentement vers lui à l'instar des escreuisses & les mains ioinctes par darriere; lui parlant, ilz fixent leurs œilz en terre; brief, ilz font tout au rebours de la coustume ordinaire.
Fig. 10.