Les Sorciers apres s'estre veautrez parmy les plaisirs immondes de la chair bancquetent & se festoyent. Il y a differentes tables, trois ou quatre, où chascun se seoid selon sa dignité ou richesse; tantost chascun à costé de son dæmon, tantost en face, les Diables estant tous d'un costé & les Sorciers de l'aultre. La benediction ne faict deffault à ces repas, mais condigne à l'assemblée, estant de parolles blasphesmatrices par lesquelles ilz confessent Beelzebub pour leur Createur, Dateur & Seruateur. Pareille est l'action de grâces qu'ilz disent au leuer des tables. Leurs bancquets sont composez de plusieurs sortes de viandes suppeditées par Satan ou apportées par chascun, scelon les lieux & qualitez des personnes: par deça la table est couuerte de beurre, de fromaige, & de chair. (Fig. 17.)

Fig. 17.

L'on y boit aussi tantost de l'eau & tantost du vin. Le vin semble à de l'ancre ou du sang guasté & n'est versé qu'en vaisseaux fort ignobles. Mais il n'y a iamais de sel: ce qui se faict pour ce que le sel est vn symbole de l'immortalité, que le Diable a extresmement en haine.

Il y en a qui ont escript que de mesme l'on ne s'y seruoit point de pain; mais certaines Sorcieres ont rapporté le contraire & dict qu'elles auoient mangé au Sabbat du pain, de la chair, & du fromaige.

Cependent tous les Sorciers accordent qu'il n'y a poinct de guoust aux viandes qu'ilz mangent au Sabbat, & que la chair n'est aultre chair que de cheual. Tous ceulx que le Diable a faict asseoir à sa table confessent que les mets y sont si très deguoustants, soit à la veue, soit à l'odorat qu'ilz donneroient nausées à l'estomac d'vn pauure famélique aboyant de male faim. Barbelline desià nommée & Sybille Morel disent qu'on sert au Sabbat des mets de toute sorte, mais tant vils, tant sordides & mal apprestez qu'ilz valent à poine estre mangez. Nicolas Morel feut, pour leur guoust mauluois, aspre & amer obligé de les vomir aussitost par grand desplaisir. Ce que voyant le Dæmon entra en viue indignation & le faillit battre.

Dominique Isabelle adiouste qu'on seruoit aussi de la chair humaine; ce que Belleforest dict estre en vsaige frequent dans les malefices des Scythes.

Ilz adioustent quasi tous, que lorsqu'ilz sortent de table, ilz sont aussi affamez que quand ilz y entrent. «Antide Colas, d'après Bocquet (loc. cit., p. 111), rapportoit que les viandes estoient froides: Clauda disoit que ce qu'on mangeoit au Sabbat n'estoit que vent: Christofle disoit aussi à ce propuos qu'il lui sembloit qu'elle ne mangeoit rien: d'où il se veoid que le Diable est tousiours trompeur puis qu'il repaist les siens de vent au lieu de viandes solides, comme s'ilz estoient des chameleons.»

Le bancquet paracheué l'on rend conte à Satan de ce que l'on a faict dés la derniere assemblée, et ceulx là sont les mieulx venus qui ont faict mourir le plus de personnes & de bestes, qui ont baillé le plus de maladies, qui ont guasté le plus de fruicts, brief qui ont commis le plus de meschancetez & abhominations: les aultres qui se sont comportez vn peu plus humainement sont sifflez & mocquez de tous: on les fait mettre à l'escart, & sont encore le plus souuent battus, & mal traictez de leur maistre: & de là est venu commun prete qui court entr'eulx: Fay du pis que tu pourras, & le Diable ne sçaura que te demander.

Car entre les Dæmons & les Sorciers, il est faict pact que tousiours doibvent avoir accompli nouveaulx meffaicts par auant que de venir au Sabbat. Et pour que ilz n'ayent excuse d'ignorance leur meschant maistre leurs tient eschole & donne leçons de malefices. Il leurs apprend à destruire les troupeaux; ce qu'ilz font soit en repandant du poison, soit en enuoyant les diables on corps des animaulx. Aussi à perdre les moissons & les fruicts de la terre & a rendre les champs steriles en inuocquant le Diable. D'iceluy ilz recoipvent une pouldre bien fine & la repandant en font naistre des sauterelles, des limaz, des papillons, charançons & aultres bestioles nocisues & infestes aux champs & aux iardins. De mesme font apparoistre multitude de ratz qui se mussant aussitost en terre deuorent germes & racines. Tantost font sortir des loups d'un arbre creux & les enuoient on bercail que ilz veulent dont ces loups ne sortent sans auoir faict grand carnaige. Vraysemblablement sont ces loups des dæmons soubs apparence d'animaulx.