Du transport des Sorciers au Sabbat.
Les Sorcieres se rendent au Sabbat de differentes manieres. Les vnes se mettent vn baston blanc entre les iambes, & puis prononcent certains mots, & dehors sont portees par l'aër iusques en l'assemblee des Sorciers. Ou bien elles y vont sus vn gros mouton noir qui les porte si viste en l'aër qu'elles ne se peuuent recongnoistre. Thieunne Paget r'apportoit que le Diable s'apparut à elle la premiere fois en plein mydy en forme d'vn grand home noir, & que comme elle se feut baillee à luy, il l'embrassa & l'esleua en l'aër, & la transporta en la maison du pré de Longchamois, où il la congneut charnellement, & puis la r'apporta on lieu mesme où il l'auoit prinse. Antide Colas disoit que le soir que Satan s'apparut à elle en forme d'vn home de grande stature, ayant sa barbe & ses habillemens noirs, il la transporta au Sabbat, & qu'aux aultres fois il la venoit prendre sus son lict, & l'emportoit comme vn vent froid, l'empoignant par la teste.
Les aultres y vont, tantost sus vn bouc (Fig. 1), un taureau ou un chien (Fig. 2), tantost sus vn cheual volant, & tantost sus vn balay, & sortent le plus souuent par la cheminée, aulcuns cheuauchent vn roseau, vne fourche, vne quenoille: les vns se frottent auparavant de certaine gresse composée de chouses très abhorrentes & deguoustantes, desquelles la plus ordinaire est gresse d'enfants felonement meurtris; les aultres ne se frottent de rien. Les vns y vont nuds comme sont la plus part pour se gresser, les aultres vestus; les vns la nuict, les aultres le iour, mais ordinairement la nuict.
Fig. 1.
Fig. 2.
Il s'en trouve encore qui vont au Sabbat sans beste, ny baston. Mais il faut croire aussi que le baston ny la beste ne prosficte non plus aux Sorciers que la gresse, ains que c'est le Dœmon qui est comme vn vent lequel les porte, ne plus ne moins que l'on veoid un tourbillon desraciner les arbres les plus haults, et les transporter deux et trois lieues loing de leur place.
Les Sorciers neantmoins vont quelques fois de pied au Sabbat, ce qui leurs aduient principalement lors que le lieu, où ilz font leur assemblée, n'est pas gueres esloingné de leur habitation. «Il y en a qui portent quelque pælle, ou aultre vaisseau de cuyure, ou deargent pour mieux solemniser la feste[1].»