Nelly ne put trouver le sommeil. Elle passa la majeure partie de la nuit à lire, et surtout à envisager l’avenir… Vers le matin, dans le secret de son âme, elle avait pris une décision, et put enfin trouver le repos.

Le jour vint ; le premier jour du nouvel an, triste et blafard. Il pleuvait, la boue semblait couler dans les rues, la neige fondait, devenue noire. Les pensées de mort, de tristesse et d’abandon, flottaient dans l’air.

Sylvaine se leva à l’appel de Nelly, et accomplit mécaniquement les actes de sa toilette. Nelly mit à sa disposition une blouse et une jupe du matin, la força à s’en revêtir, et l’obligea à déjeuner ; l’espèce de réserve qui semblait exister entre elles depuis le voyage à Paris avait disparu. Dans ce petit logis, où tout ce qui était nécessaire et commode se trouvait dans une simplicité parfaite, Sylvaine ressentait une sensation de sécurité et de bien-être ; elle envia Nelly, et se demanda si celle-ci n’avait pas découvert la véritable voie, lui permettant de prendre part à la vie sans être trop meurtrie.

Nelly paraissait si affranchie du monde extérieur, si entièrement maîtresse de sa propre personne ! Il y avait cependant dans l’expression de son visage une sorte de sévérité triste que Sylvaine observa pour la première fois. Elle eut conscience d’une transformation mystérieuse dans la personne de Nelly, et en chercha la raison.

Pas une parole n’avait été échangée sur les événements du soir précédent, quand Nelly dit :

— Sylvaine, je vais vous laisser seule ; je tiens à avertir les Caulfield moi-même, et tout de suite. Je pense que vous préférez ne pas venir avec moi.

— Oh ! non, dit Sylvaine en frissonnant ; mais qu’allez-vous dire ?

— Ce qui est. Je pense à ce malheureux colonel Hurstmonceaux ; il faut qu’on aille le voir.

— Vous avez raison.

— Lisez, en mon absence ; occupez-vous. Tâchez de fortifier votre moral, ne vous abandonnez pas. A quoi cela sert-il ? Soyez une créature raisonnable, Sylvaine. On est dans la vie ; il faut la regarder en face, quelle qu’elle soit.