— Mon petit Didier, faites-nous d’abord festoyer, et après cela le tour du propriétaire. T’amuses-tu un peu, Lolo ?
— Beaucoup, dit Lolo avec assurance.
— Allons, tant mieux ; et puis, tu sais, tu en prendras l’habitude, et tu sauras mieux te divertir : tu es encore un peu embarrassée dans tes bandelettes.
— Madame, interrompit Didier, si vous le voulez, vous êtes servie.
— Alors allons, — et Roseline prit le bras de Lolo. — Suivez-nous, vous autres. Divin, vous retrouverez votre mandoline. Ah çà ! Didier, vous avez donc tous les instruments imaginables de musique chez vous ?
Et elle désigna de la main une harpe dressée dans un coin de la bibliothèque.
— Elle est morte, celle-là, madame, dit Didier, il ne reste plus que son enveloppe charmante ; son esprit est envolé, mais elle me plaît pour cela, comme le portrait d’une maîtresse qu’on a aimée.
— C’est vrai, dit le Divin, la harpe paraît toujours avoir une vie à elle-même ; j’écrirai un sonnet là-dessus.
— Très bien, Divin ; en attendant, déjeunons.
Elles étaient arrivées dans la salle à manger un peu petite et d’une simplicité absolue ; les murs, formés de boiseries délicates peintes en grisaille, n’avaient aucun ornement, sauf, placé sur un haut miroir transparent, un cadran à battements sonores ; la lumière rejaillissait des petites glaces en forme de carreaux qui recouvraient les portes ; ni buffet ni dressoirs, mais une simple console de même style. Le fond de la pièce s’ouvrait en une large baie sur une sorte de boudoir-serre dont les murs, blancs aussi, étaient revêtus de moulures figurant un treillage vert pâle ; dans un renfoncement arrondi posait une vasque de marbre, surmontée de la statuette d’un jeune enfant retenant sur son épaule un poisson vomissant une eau claire ; à terre, sous le panneau de vitrage, de longues jardinières remplies de jacinthes et de fine verdure, quelques sièges cannés à coussins de nuances douces ; dans les angles tremblaient les feuillages légers de hautes plantes délicates.