— N’est-ce pas que c’est amusant de les entendre ? dit Roseline à Lolo. Avoue que c’est plus drôle que la conversation de Léon ?

— Certainement, surtout que la plupart du temps il n’ouvre pas la bouche.

— C’est un phénomène particulier que l’abrutissement conjugal, observa Didier ; car vous pouvez être certaine que si vous n’étiez pas sa femme, Baugé trouverait matière à conversation.

— Du tout, reprit Roseline ; il n’y a pas d’abrutissement conjugal en soi, il y a des maris et des femmes qui ne comprennent pas leur situation respective et ne peuvent se parler naturellement : ils se sont tacitement condamnés au silence ou au mensonge à perpétuité ; mais une fois qu’il est admis que chacun réserve sa personnalité, on s’entend très bien. Armand et moi, nous parlons.

— Mais il ne te défend pas de rien dire sur Chiffon ? Léon prétend maintenant que les détails sur les enfants lui font mal au cœur.

— C’est que, ma pauvre Lolo, tu allais trop loin dans cette voie-là ; c’est une idée saugrenue aussi que de voir des êtres conscients et développés régler toutes leurs pensées sur des créatures inconscientes et ébauchées. Va, on ne se doit qu’à soi-même. N’est-ce pas, Didier ?

— Parfaitement, madame.

Nous sommes toujours d’accord, nous deux, l’êtes-vous aussi un peu avec Lolo ? avez-vous décidé quelque chose pour le souper ?

— Pas encore ; madame Baugé doit y réfléchir et revenir…

— Seule, Lolo ?