— Voyez-vous, Didier, continue Baugé en se rengorgeant dans son plastron ; je disais à ma petite Lolo qu’elle ne me connaît pas, les femmes ne connaissent jamais leur mari.

— Vous entendez, Didier, c’est très intéressant ; j’avoue que pour une fois je ne serai pas fâchée de me trouver en compagnie de quelqu’un de plus amusant que ne l’est habituellement mon légitime époux.

— Je te prie de croire, réplique Baugé, qui se verse généreusement du champagne, que mes maîtresses ne m’ont jamais trouvé ennuyeux.

— Il faudrait savoir qui elles étaient, dit Lolo, pour juger de la valeur de leur opinion.

— Mon Dieu ma chère, je ne prétends pas être plus séduisant qu’un autre, mais il est de fait que j’ai été aimé par des femmes d’un certain mérite.

— Vraiment, cela me fait bien plaisir de l’apprendre.

— Mais aucune, ma chère Lolo, ne t’était supérieure ; non, plus j’y réfléchis, plus j’en suis convaincu. Oh ! j’ai toujours eu du flair pour les femmes, je savais bien ce que je faisais en t’épousant ; n’est-ce pas, Didier, que ma femme est une des plus jolies de Paris ?

— Je le lui dis souvent, c’est tout à fait mon avis ; n’est-ce pas, madame, que vous connaissez ma pensée là-dessus.

— Certainement, répond Lolo tranquillement.

— Et tu vois que je ne suis pas jaloux, continue Baugé en se versant lampée sur lampée ; et, dans un emportement de familiarité qui lui semble commandé par la situation, essayant de chiffonner les rubans de la robe de sa femme :