— Je m’en fiche des convenances, je puis bien être inconvenant avec ma femme.

Et se levant et se penchant à travers la table, Baugé plaque à Lolo un lourd baiser sur la nuque.

Elle se recule froidement, et sa main se porte à sa coiffure.

— Je suis venue ici, mon cher ami, pour m’amuser, n’est-il pas vrai, et vous, pour satisfaire mes caprices ; eh bien, je vous prie de vous tenir tranquille, il serait trop fâcheux de gâter l’heureuse entente qui est entre nous.

— Comment, gâter l’entente qui est entre nous ; mais moi je veux la rendre plus intime, beaucoup plus intime, ma chère petite Lolo.

— Je suis bien touchée, mon ami, mais moi je ne veux pas ; vous me plaisez beaucoup trop dans votre nouvelle manière. Vous vous mettez en frais pour moi, vous me faites manger des plats extraordinaires ; ces choses-là ne vous venaient pas à l’idée quand j’obéissais à toutes vos fantaisies ; nous sommes beaucoup mieux ainsi.

— Mais c’est que tu es devenue capiteuse, très capiteuse, Lolo.

— Voulez-vous que je m’en aille ? madame, demande Didier.

— Jamais de la vie ; si vous me faisiez un peu la cour au contraire, au lieu de laisser tout le temps le champ libre à mon mari.

— Je puis bien prétendre à plaire autant que Didier, même si je n’étais pas ton mari.