ÉTIENNETTE. — Novion, vous êtes mon ami pour toute la vie. Je vais être d’un chic avec mes dix louis. Comme papa m’en a rapporté deux, cela ne l’étonnera pas. Ce qu’il est naïf, mon père ! Ainsi il croit que Jacques ne joue jamais, qu’il s’arrange avec ses cinq louis par mois ; mais il parie sur tout, mon petit frère. Seulement, il ne veut jamais rien faire pour moi.
MADELEINE. — Heureusement que nous avons des amis. Mettez vos petits paquets dans la tasse, là, à votre gauche, Novion, et passez-la-moi. (M. de Novion obéit, et, avec une habileté parfaite, mademoiselle Madeleine escamote le rouleau dans sa poche.) Vous nous deviez bien ça. Vous m’avez fait perdre trois louis à Chantilly.
NOVION. — Ce n’est pas de ma faute, mademoiselle Madeleine. Je vous ai scrupuleusement obéi. Vous savez que je ne triche jamais.
MADELEINE. — Il ne manquerait plus que cela ! Vous devez être joliment heureux d’être notre homme de confiance.
NOVION. — Je le suis, mais pas assez. J’ai de l’ambition.
SUZANNE. — Vous voudriez peut-être nous épouser toutes les trois ?
NOVION. — Si l’état des lois ne s’y opposait pas, j’y aurais assez d’inclination.
MADELEINE. — Je comprends ça, moi.
SUZANNE. — Et moi aussi.
ÉTIENNETTE. — Après tout, moi aussi.