Glouskine ne disait mot: on ne se dépense pas en amabilités, quand on est si près d'une Altesse régnante. La princesse les fit attendre cinq minutes, montre en main, puis la grande maîtresse ouvrit la porte, et la referma comme madame de Glouskine faisait sa première révérence.
Vera la fit profonde et très-lente; Glouskine, de son côté, s'inclinait plus qu'à mi-corps. La grande-duchesse, un peu gênée, se tenait debout, les bras croisés jusqu'aux coudes, à l'autre extrémité de la pièce; elle leur répondit par un salut gracieux. La pièce était grande. Vera fit quelques pas, puis une seconde révérence aussi profonde, mais plus vive que la première. Son Altesse Royale ne lui laissa pas le temps d'achever la troisième; elle s'approcha, invita Vera à s'asseoir, dit à Glouskine d'en faire autant, et se tourna tout de suite vers lui pour dissiper son premier embarras.
La princesse fut bientôt la personne du monde la plus surprise. Au lieu des grands airs qu'on lui avait annoncés, elle trouva une jeune femme toute modeste, et Glouskine, qui ne demandait guère de coutume, pria sur l'instant Son Altesse Royale de daigner accueillir avec bonté sa jeune femme.
La Grande-Duchesse, mise bien à l'aise, soumit tout de suite Vera aux questions qui représentent ce qu'on appelle une «audience particulière».
Première question. Il y a longtemps que vous êtes arrivée, madame?
Deuxième question. Vous êtes mariée depuis peu de temps?
Troisième question. Est-ce que Tenheiffen vous plaît?
Quatrième question. Est-ce que vous avez voyagé?
D'habitude, la cinquième question était: Savez-vous l'allemand? Mais avec madame de Glouskine elle était superflue. Vera répondit avec le nombre de mots voulus:
1º Madame, je suis arrivée depuis cinq semaines, et mon plus grand désir était de voir Votre Altesse Royale.