Belveduto.—Italien, vingt-quatre ans, brun comme la nuit, des cols trop échancrés, des poignets trop évasés, des gilets trop ouverts, des plastrons trop solidifiés, mais doux, joli homme et persuadé qu'il sera ambassadeur à trente ans.
M. Stuart Boyll, le mari de sa femme, et voilà tout.
Le marquis Della Primavera.—A pour femme la marquise Della Primavera, qu'il salue dans le monde.
Le comte Sonnenbund.—Absent, en congé.
Nos présentations faites, continuons.
Ces dames sont directement introduites dans le fumoir, transformé, pour l'occasion, en chambre de toilette, avec une profusion de miroirs, de bougies, d'épingles et de pelotes habillées comme des mariées. Les premières à arriver sont mesdames de Glouskine et Della Primavera, qui entrent ensemble; elles sont lasses de la rude journée officielle et n'ont envie que de se détendre l'esprit. La belle ambassadrice de Russie est en tulle noir plus léger qu'un souffle et miroitant de jais; la marquise, dans un velours massif tout uni, mais gantant sa taille de déesse. Le noir est de rigueur ici pour les femmes, comme l'interdiction, pour les hommes, du plus petit bout de ruban.
L'amphitryon, le prince Dobeliansky, est debout à la porte du salon, où l'apparition de mesdames Glouskine et Della Primavera est saluée par un cri de triomphe auquel l'ambassadrice répond en posant sa main gauche sur ses lèvres, tandis que la belle Italienne pose la droite sur son cœur; puis elles donnent à baiser leur poignet ganté.
Un instant après, entre la correcte madame de Camon, habillée d'une simple robe de faille; puis vient madame Stuart Boyll, qui a chanté dans l'escalier, chante dans l'antichambre, et fredonne encore en entrant; enfin, toujours la dernière venue, la comtesse de Sonnenbund, prête à faire valser l'homme le plus goutteux.